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Sachso jacquette terre humaine
Trois cent témoins ont apporté leur contribution à cette oeuvre relatant l'histoire des Français dans le camp de concentration d'Oranienburg-Sachsenhausen, camp central dans le système concentrationnaire nazi, et désigné par les déportés eux mêmes par un diminutif: SACHSO. Projet élaboré en 1971 par l'Amicale des anciens déportés, fidèle aux valeurs de solidarité et de fraternité qui animaient ces derniers, cet ouvrage est d'une importance majeure pour une meilleure connaissance de la vie dans les camps.

"Sachso", travail collectif par l'Amicale d'Oranienburg-Sachsenhausen - Collection Terre Humaine - Editions PLON
ISBN: 2-259-00894-1

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Lundi 11 mai 2009 1 11 /05 /Mai /2009 16:07

            Danielle CASANOVA, née PERINI Vincentella, voit le jour à Ajaccio le 9 janvier 1909, et décède dans le camp d'Auschwitz - Birkenau le 9 mai 1943.


 Portrait paru dans le journal L'HUMANITE le 8 septembre 1944


           
Arrivée en 1927 à Paris pour ses études en chirurgie dentaire, la jeune étudiante corse adhère à
l’Union Fédérale des Etudiants, engagée avec conviction dans l’action politique et sociale. C’est là quelle rencontre son futur époux, Laurent Casanova. Devenue « Danielle » en 1928, elle assume avec courage les responsabilités qui lui sont confiées, jusqu’à son élection en février 1934 à la nouvelle direction des Jeunesses communistes dont elle assurera le succès grandissant. Enfin, le 26 décembre 1936 se déroule à Paris le congrès inaugural de l’Union des Jeunes Filles de France (UJFF), dont Danielle assume d’emblée le secrétariat général. Ce congrès est l’occasion pour elle d’exhorter « toutes les sœurs antifascistes, toutes les amies de la liberté et de la paix » à se dresser ensemble contre l’ennemi désigné. Moderne et visionnaire, elle y affirme même : « la conquête du bonheur pour la femme est liée à son libre épanouissement dans la société, condition nécessaire du développement du progrès social ».

 

            En septembre 1939, l’interdiction qui frappe le Parti communiste la pousse dans la clandestinité, alors qu’une véritable chasse à l’homme est engagée par la police française, la nouvelle alliée de la Gestapo. Danielle n’en demeure pas moins active, structurant les premiers comités féminins en région parisienne, développant la presse clandestine avec Pensée libre et La Voix des femmes, ou organisant les Bataillons de jeunesse, armés par le Parti communiste.

 

            Victime d’un vaste coup de filet le 15 février 1942 alors qu’elle ravitaille Georges Politzer, philosophe français d’origine hongroise, proche de la direction du parti, elle est interrogée pendant de longues semaines à la préfecture de police avant d’être emprisonnée à la Santé le 23 mars 1942. Livrée par la suite à la Gestapo le 9 juin, elle rejoint le Fort de Romainville le 24 août, geôle qu’elle ne quittera que le 24 janvier 1943, date de sa déportation vers le camp d’Auschwitz. 230 otages constituent son convoi. 230 femmes âgées de 17 à 69 ans dont seules 49 survivront. Parmi ses camarades se trouvent Marie Claude Vaillant-Couturier, Simone Sampaix, et Charlotte Delbo.

 

            Entassées à soixante dix par wagon, elles résistent pendant trois jours au froid, à l’obscurité, à la soif et à la promiscuité. Dés son arrivée le 27 janvier, le groupe prend la direction du block 26 à Birkenau sauf Danielle qui quitte ses amies, répondant à la sollicitation d’une surveillante SS à la recherche d’une dentiste pour le Revier, l’infirmerie. Comme ses camarades, elle se voit tatouer sur le bras gauche une nouvelle identité : pour elle, le numéro matricule 31655.

 

            Sa trajectoire particulière place sur son chemin des déportées communistes ayant eu connaissance de ses activités politiques en France. On lui confie alors des informations clés sur le fonctionnement de ce camp abominable, ainsi que sur l’organisation de la résistance à l’intérieur même de son enceinte. De la sorte, elle apporte une aide précieuse à ses compatriotes malades, aide morale faite d’encouragements dans l’épreuve, mais également aide médicale, en prodiguant des soins malheureusement rudimentaires.

 

            Et la tragique hécatombe se poursuit. Les unes après les autres les camarades disparaissent, victimes des sélections et du gaz, comme Anette Epaud et Line Porcher en février 1943, emmenées au milieu des chants de déportées polonaises, elles aussi désignées pour la mort. Mais aussi victimes de la maladie qui effraye tant les SS, véhiculée dans les camps par les poux qui y pullulent, le typhus. Et dans le block 26, c’est Maï Politzer qui succombe le 6 mars, puis Yvonne Blech, Henriette Schmid, Raymonde Salez et Rose Blanc. Danielle fait de son mieux, mais le combat reste inégal. Il faut un miracle pour Marie Claude Vaillant-Couturier alors qu’en ce mois d’avril 1943, plus de 500 déportées disparaissent chaque jour.

 

            Danielle quant à elle finit par payer de sa vie un engagement et un sens de la solidarité sans faille. Ses innombrables interventions auprès des plus gravement touchées et donc des plus hautement contagieuses l’exposent inéluctablement. Et ce ne sera pas la vaccination réservée bien tardivement pour elle par un médecin chef du Revier intéressé à la maintenir en vie pour sa seule « utilité » qui y changera quoi que ce soit. En une semaine environ, Danielle est emportée par le mal. Elle décède le 9 mai 1943, à l’âge de 34 ans.


 Emission à tirage limité du timbre français rendant hommage à Danielle Casanova.


           
Manca, son amie tchèque du
Revier évoque ainsi le départ de Danielle :

 

«  L’obscurité descendait sur le camp lorsque nous l’avons portée sur son dernier chemin. Ses compagnes étaient venues en grand nombre prendre congé d’elle. Les bouches restèrent muettes et les yeux secs, mais les cœurs saignaient, révoltés. La nuit s’approcha. Nous restions inertes, debout. Dans le silence du camp, le bruit des moteurs devint un cri déchirant. L’obscurité sanglante nous saisit la main et le néant haletant nous enveloppa ».


Par Michel C. - Publié dans : Philatélie et mémoire - Communauté : Passeurs de mémoire
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