Partager l'article ! Edith Stein, en route vers son peuple...: Edith Stein naît à Breslau, en Allemagne, le 12 octobre 1891. A peine âgée de ...
Terre ! N'efface pas leurs visages
" Etre humain signifie pointer vers, se diriger vers quelque chose au delà de soi, ou bien une cause à servir, ou bien un être à
aimer " Viktor Frankl
Matricule 31769
Camp de Neuengamme

Trois cent témoins ont apporté leur contribution à cette oeuvre relatant l'histoire des Français dans le camp de concentration d'Oranienburg-Sachsenhausen, camp central dans le système
concentrationnaire nazi, et désigné par les déportés eux mêmes par un diminutif: SACHSO. Projet élaboré en 1971 par l'Amicale des anciens déportés, fidèle aux valeurs de
solidarité et de fraternité qui animaient ces derniers, cet ouvrage est d'une importance majeure pour une meilleure connaissance de la vie dans les camps.
"Sachso", travail collectif par l'Amicale d'Oranienburg-Sachsenhausen - Collection Terre Humaine - Editions PLON
ISBN: 2-259-00894-1
Edith Stein naît à Breslau, en Allemagne, le 12 octobre 1891. A peine âgée de 7 ans, Edith Stein force l’admiration de son entourage par une très précoce maîtrise d’elle-même, témoin d’une non moins surprenante sérénité intérieure. Sa mère est son inspiratrice, exemple de droiture et de fidélité à des valeurs simples, comme l’attachement aux proches et l’attention portée à ses semblables. Mais ceci n’empêche nullement Edith de se détourner du judaïsme. Ce désintéressement est progressif, supplanté jour après jour par une attirance et une volonté farouche d’accéder à la connaissance. Et au regret de sa mère, elle annonce à 13 ans son intention bien pesée d’abandonner toute pratique religieuse. Cette soif de savoir, cette quête perpétuelle de la vérité la dirige vers le sujet qui la révèlera à elle-même et au monde, la philosophie. « Nous sommes ici bas pour servir l’humanité, affirme-t-elle. Le mieux est de faire ce pourquoi on est le plus apte ».
Son parcours estudiantin l’amène à la rencontre de 2 personnalités majeures . Tout d’abord Edmund Husserl, philosophe fondateur de
la Phénomènologie transcendantale. A Göttingen, Edith passe aisément du statut d’étudiante à celui d’assistante du maître. Celui-ci lui fait découvrir une philosophie objective du concret,
éloignée mais tout de même complémentaire de la perception subjective d’un Kant. A Göttingen également, Edith croise Max Scheler, enseignant en philosophie et sociologie à l’université de
Cologne. Il engagera Edith à porter son intérêt sur les valeurs du catholicisme.
Mais voici que démarre le premier conflit mondial du siècle. Edith, décidée à ne pas rester inactive, rejoint un hôpital autrichien dans lequel, après une formation succincte, elle se voit attribuer en toute confiance des missions habituellement confiées à des infirmières. Cette terrible expérience auprès de jeunes hommes brisés par la guerre constituera le cadre fondamental d’une thèse soutenue à Fribourg-en-Brisgau sous le titre « Sur le problème de l’empathie ». C’est encore pendant le conflit qu’elle rencontre Anna Reinach, l’épouse du philosophe allemand récemment tombé dans les batailles en Flandres. Convertie depuis peu au protestantisme, Anna réconcilie Edith avec l’idée d’une force divine maîtresse de son destin. Cette rencontre est un déclic. Elle croyait rencontrer une amie, elle rencontre la foi ! En 1921, elle demande le baptême. Il aura lieu le 1er janvier 1922 dans l’église de Bergzabern, prés de Wissembourg.
Durant une dizaine d’années, Edith Stein allie ses activités d’enseignement et son travail d’écriture, ceci jusqu’à ce que les lois antijuives promulguées par les nazis à leur arrivée au pouvoir en 1933 lui interdisent de s’exprimer en public. C’est en pleine conscience du danger qui s’abat sur son Allemagne chérie qu’elle affirme : « Je commençais à comprendre soudainement que Dieu avait encore une fois posé lourdement sa main sur mon peuple, et que le destin de celui-ci était aussi mon destin ». Le 14 octobre 1933, elle rentre au Carmel de Cologne. Le 14 avril 1934, s’y déroule sa cérémonie de la prise d’habit, date à partir de laquelle elle devient Sœur Thérèse Bénédicte de la Croix. Un an plus tard, elle prononce ses vœux temporaires, puis le 21 avril 1938 ses vœux définitifs. Pendant ces années au Carmel de Cologne, elle poursuit son œuvre et rédige « De la vie d’une famille juive ». Faisant face aux tortures infligées à son peuple, elle désire simplement y évoquer « ce qu’elle a vécu en tant que juive, face à une jeunesse qui aujourd’hui est éduquée depuis l’âge le plus tendre à haïr les juifs ».
Les évènements ne lui laissent aucun autre choix que la fuite vers l’étranger. C’est aidée par la Mère Prieure
des
Carmélites qu’elle parvient à se réfugier aux Pays-Bas le 1er
janvier 1938, pour rejoindre ensuite le monastère de Echt. Dés lors, dans une vision prémonitoire, elle rédige son testament spirituel:
« Déjà maintenant, j’accepte avec joie en totale soumission et selon sa très sainte volonté, la mort que Dieu m’a destinée ». Lucide quant
à l’avenir qui se dessine aux portes de l’Europe, elle fait comprendre à ceux qui l’entourent que ses jours sont dorénavant comptés. Et lorsque le 2 août 1942, la Gestapo tape à la porte du
monastère de Echt en exigeant que la communauté des Carmélites livre Edith Stein, celle-ci ne manifeste aucune peur. A l’instant du départ, Edith murmurera à sa sœur, elle aussi arrêtée en ces
lieux, une phrase témoignant de sa force et de sa foi : « Viens, nous partons
vers notre peuple ».
Soeur Thérèse Bénédicte de la Croix à Auschwitz (M. Celeste, New york)
Dans le camp de transit de Westerbork où elles sont enfermées, les deux carmélites rejoignent des juifs convertis eux aussi, rassemblés avant leur déportation. L’explication est la suivante. Les
évêques catholiques hollandais ayant protesté ouvertement contre les discriminations dont les juifs étaient victimes, la Gestapo lança par vengeance de multiples rafles allant jusqu’à poursuivre
les religieuses dans leurs institutions respectives. C’était donc pour cette raison qu’Edith et Rosa se retrouvaient là. Le séjour dans ce camp situé
dans le nord-est du pays ne dure que 5 jours. Le 7 août 1942, un convoi transportant 987 juifs dont Edith et Rosa prend la direction du camp d’Auschwitz. Sœur Thérèse Bénédicte de la Croix s’y
fait rapidement repérée, elle qui arbore simultanément soutane et étoile jaune. Et vraisemblablement le 9 août, entourée des membres de son peuple, elle s’évanouit dans les gaz
mortels.
Le 1er mai 1987, le Pape Jean Paul II célébrait la béatification de Sœur Thérèse Bénédicte de la Croix à
Cologne en priant le monde de « s’incliner profondément devant le témoignage de vie et de mort livré par Edith Stein, cette remarquable fille
d’Israël qui fut en même temps fille du Carmel et Sœur Thérèse Bénédicte de la Croix, une personnalité qui réunit pathétiquement, au cours de sa vie si riche, les drames de notre
siècle ». Elle incarnait à son sens, « la synthèse d’une histoire affligée de blessures profondes et encore douloureuses, pour la guérison
desquelles s’engagent aujourd’hui encore, des hommes et des femmes conscients de leurs responsabilités […]».
----------------------------------------------------------------
Le camp de Westerbork était installé dans le nord-est des Pays Bas. Initialement, il fut activé par le gouvernement hollandais dés octobre 1939 afin d'y rassembler les juifs étrangers venus
se réfugier dans le pays, pour la majorité en provenance d'Allemagne. Dés l'invasion par les forces allemandes, il fut agrandi, son commandement ayant été transmis aux forces d'occupation.
Deux catégories de prisonniers s'y cotoyaient. Tout d'abord s'y trouvaient une population permanente, chargée des travaux d'entretien du camp, du maintien de la sécurité etc...Simultanément le
camp abritait des détenus en transit, qui ne faisaient qu'un trés court séjour à Westerbork. Cette population étaient destinée à la déportation vers les camps d'Auschwitz (54930 personnes en 68
convoi), de Sobibor (34313 en 19 convois), de Bergen Belsen (3762 en 9 convois) et de Theresienstadt (4771 en 7 convois). Pour les deux premiers camps, les déportés étaient exécutés
dés leur arrivée. Ce tragique destin s'appliqua finalement aussi aux "permanents" juifs.
Le 12 avril 1945, le camp fut libéré par les troupes canadiennes. Il restait encore à l'intérieur de son enceinte 876 internés, les Allemands à l'approche des forces alliées ayant préféré
s'enfuir.
Liza F.