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Edouard TARIF

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Camp de Neuengamme 

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Sachso jacquette terre humaine
Trois cent témoins ont apporté leur contribution à cette oeuvre relatant l'histoire des Français dans le camp de concentration d'Oranienburg-Sachsenhausen, camp central dans le système concentrationnaire nazi, et désigné par les déportés eux mêmes par un diminutif: SACHSO. Projet élaboré en 1971 par l'Amicale des anciens déportés, fidèle aux valeurs de solidarité et de fraternité qui animaient ces derniers, cet ouvrage est d'une importance majeure pour une meilleure connaissance de la vie dans les camps.

"Sachso", travail collectif par l'Amicale d'Oranienburg-Sachsenhausen - Collection Terre Humaine - Editions PLON
ISBN: 2-259-00894-1

Buchenwald

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Mardi 26 janvier 2010 2 26 /01 /Jan /2010 11:00

« A un moment donné, Anne s’est trouvée devant moi, enveloppée dans une couverture. Elle n’avait plus de larmes pour pleurer. Chez nous toutes d’ailleurs, les larmes s’étaient taries. Elle m’a dit que les poux et les puces qui infestaient ses vêtements lui faisaient tellement horreur qu’elle avait tout jeté. Nous étions au cœur de l’hiver et elle n’avait plus qu’une couverture sur le dos. J’ai rassemblé tout ce que j’ai pu trouver pour l’habiller de nouveau ».

 Anne Frank sur couverture LIFE


Lorsqu’il écoute en juin 1945 Janny Brilleslijper lui décrire les conditions de vie de sa fille dans le camp de Bergen Belsen, Otto Frank plonge dans un profond abattement, incapable d’assumer l’image de sa petite Anne, âgée seulement de 15 ans, et livrée au destin inhumain des camps de la mort.  Janny est en effet un témoin fiable. Anne et sa sœur Margot avaient sympathisé avec elle durant leur séjour dans le camp de transit néerlandais de Westerbork, juste après leur arrestation, le 4 aout 1944. Elles avaient quitté ensemble les Pays Bas par le même convoi bondé pour être débarquées à Auschwitz dans la nuit du 5 au 6 septembre. Ce fut à cet instant précisément qu’Anne et Otto échangèrent un dernier regard alors que les chambres à gaz engloutissaient plus de la moitié des 1019 personnes qui se trouvaient dans les wagons. Janny avaient traversé également avec elles la énième sélection qui les dirigea vers Bergen Belsen, ce camp enragé où les tempêtes de neige incessantes s’alliaient aux  épidémies de typhus pour décimer les châlits. Les derniers espoirs de retrouver vivantes ses deux enfants s’évanouirent ainsi, dans les rafales de vent transfixiantes, dans la précarité insupportable imposée aux enfants affamés, et dans les accès de fièvre incoercibles,  les préliminaires des pires détresses. Mars 1945 fut un enfer pour les plus fragiles. « Margot est tombée de son lit et elle est restée allongée sur la pierre glacée, incapable de se relever.  Anne est morte le lendemain » raconte Janny.

 

Au fond de son gouffre, Otto Frank ne soupçonne nullement l’existence du projet littéraire qui pour des années entières lui permettrait de transcender sa peine et sa solitude. « Voici l’héritage que vous a laissé votre fille Anne ». C’est avec ces mots que Miep Gies, collaboratrice d’Otto dans son ancienne entreprise, accueille son ancien patron, avec dans les bras une sorte de calepin accompagné de feuillets manuscrits. Pour Otto débute une nouvelle épreuve, inattendue. Un retour en arrière douloureux qui attise la peine de l’absence de tous les êtres aimés. Par étapes, par bribes, il remonte le temps et refait le parcours familial couché sur le papier par sa fille depuis le 14 juin 1942 jusqu’au 1er aout 1944. Au départ, il ne voit dans le texte qu’une sorte de journal intime dans lequel Anne semble s’engager dans la description du  quotidien au sein de la cellule familiale, ou à l’intérieur de son école. Otto pourtant reste abasourdi lorsqu’au fil des pages, se dessine le contour d’une jeune fille méconnue de lui, profonde dans ses sentiments, et dans ses analyses des comportements et des évènements autour d’elle.


Carte maximum maison anne frank 1980-copie-2

Les écrits d’Anne Frank couvrent en fait deux périodes successives. La première démarre le jour de son anniversaire (13 ans), date à laquelle Anne se voit offrir un carnet repéré quelques jours plus tôt dans la vitrine d’un magasin amstellodamien.  Elle s’achève le 5 juillet 1942, la veille de la fuite masquée de la famille Frank vers la Suisse, qui en réalité rejoint « l’Annexe » avec quatre autres personnes pour une période totale de clandestinité de deux années complètes.

 

La lecture du document terminée, Otto se tourne d’abord vers sa famille afin de partager avec les seuls rescapés de la guerre cette découverte singulière. Quelle n'est pas sa surprise devant la réaction de ces lecteurs enthousiasmés qui le persuadent de se mettre sur le champ en quête d’un éditeur ! Dans cette première année d’après guerre, le challenge se révèle difficile, les souffrances encore vives déclenchant un phénomène de rejet compréhensible vis-à-vis de ce qui touche de près ou de loin au conflit. Malgré tout, le 3 avril 1946, parait  sous la plume de l'historien Jan Romein, un article de presse élogieux quant à la  valeur humaine et historique de l’œuvre. L’auteur n’a pu rester insensible à la description des peines et des joies, des colères et des espoirs d’une adolescente cloitrée  entre quatre murs, dont le seul horizon crédible se résumait à un simple châtaignier en face de sa fenêtre. Il ne fut pas davantage insensible à la capacité d’analyse de la même jeune fille, soumise à la pression psychologique du groupe, capable successivement de s’amouracher de l’un de ses « colocataires », de remercier le ciel du dévouement et de la fidélité de leurs quatre protecteurs restés hors de le l’annexe, et de pointer du doigt un possible avenir hollywoodien en se regardant dans un miroir ! Ce journal, puissant et émouvant, l’avait ramené  en fait à son propre vécu, à ces années d’occupation que lui-même et sa famille avaient traversé avec angoisse, « ces années remplies du rugissement des avions au dessus des têtes, et des bottes de soldats dans les rues ».

 

L’article attire immédiatement l’attention de plusieurs maisons d’édition, désireuses d’acquérir au plus tôt les droits sur un futur ouvrage. Otto reste partagé sur le sens de cette victoire. A l’intérieur du témoignage d’Anne, se révèle en effet l’intimité de la vie dissoute dans la tragédie de l’Histoire de tous ceux qui nourrissaient sa propre existence. Il est le seul rescapé des huit « habitants » de l’annexe, le seul à avoir survécu à l’enfer des camps, et quelque part dans ce projet de publication, il se voit dépossédé de leur histoire commune. Mais certainement doit-il prendre conscience en même temps, que sous certaines conditions,  cette œuvre permettrait de lutter contre l’oubli, cette deuxième façon pour les bourreaux d’effacer leurs méfaits.

 

C’était enfin à la propre volonté de sa fille qu’Otto Frank pouvait concevoir de se soumettre. Car n’était-ce pas là une manière de lui rendre justice,  en mettant en lumière son destin volé, elle qui au printemps 1944 suite à une émission radiophonique s’était lancée dans la ré - écriture de son journal, dans l’idée de participer à l’élaboration de la mémoire collective de son pays ? Elle qui consigne le 4 avril 1944 : « Voilà la question capitale. Serai-je capable d’écrire quelque chose de grand, deviendrai-je jamais  journaliste ou  écrivain ? Je l’espère, oh je l’espère tant… ». En 1947, les Editions « Contact » publient avec l’accord d’Otto Frank le journal d’Anne sous le titre imaginé d’ailleurs par elle-même : l’Annexe.

 

Le succès littéraire de ce journal inattendu est immédiat, parachevé d'abord par une adaptation théatrale à Broadway en 1955, puis par la réalisation d'un long métrage inspiré des textes d’Anne Frank. De cet engouement populaire va surgir une demande aussi imprévue que pressante. Nombreux sont en effet les lecteurs passionnés qui dés 1947 prennent la direction du 263 Prinsengracht à Amsterdam afin de visiter les lieux originaux ayant servi de cadre au Journal. Mais  la frustration est terrible puisque Otto Frank n’est plus le propriétaire des lieux depuis bien longtemps ! L’immeuble pourtant est intact, prêt à ouvrir ses portes aux futurs visiteurs qu’une Fondation rapidement mise sur pied imagine drainer à travers les étages du bâtiment, à la poursuite de l’âme de la jeune Anne. Le projet aboutit sous le nom d’Anne Frank Huis, la Maison d’Anne Frank, inaugurée en 1960.


 Anne Frank Bundespost 60 HP 1200 cadre adouci

" J'aimerai ressembler toujours à cette photo. Alors j'aurai peut être la chance d'aller à Hollywood !"       Anne Frank, le 10 octobre 1942

La notoriété d’Anne Frank l’écrivaine est devenue planétaire. Son Journal a été publié en 60 langues environ, pour plus de 25 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Malgré tout, le manuscrit ne fut jamais exempt d’attaques et de controverses. Primo Levi en son temps défendit le texte contre ceux qui dénonçaient la mise en exergue d’un journal dont le succès pouvait être jugé arrogant vis-à-vis de l’assassinat de dizaines de milliers d’autres enfants juifs demeurés inconnus. En 2009 au Liban, les attaques furent encore plus violentes contre le manuscrit. Lorsqu'un établissement scolaire privé de Beyrouth proposa à ses élèves d'utiliser un manuel reproduisant des extraits du Journal, il fut mis sous pression par les intégristes, obligé finalement de retirer ces ouvrages. Anne Frank, morte à 15 ans dans l'enfer de Bergen Belsen, était ainsi qualifiée par ses accusateurs de sioniste dans ces pages adolescentes !

 

Certes, la réussite de la Maison d’Anne Frank a permis à Otto de se réconcilier avec les blessures du passé. Mais ce n’est pas le succès en lui-même qui a permis cette survie. C’est de toute évidence la volonté du public de redonner vie à Anne bien sur, mais aussi à Margot, Edith, Hermann, Auguste, Peter et Fritz, les sept « victimes » de l’Annexe assassinées dans les camps,  leur attribuant de fait le statut de témoins-symboles, capables de traverser le temps et de toucher les jeunes générations, grâce au caractère universel du message porté par les mots d’Anne Frank :

 

« Il m’est absolument impossible de tout construire sur une base de mort, de misère et de confusion. Je vois comment le monde se transforme lentement en désert. J’entends plus fort, toujours plus fort, le grondement du tonnerre qui approche et nous tuera, nous aussi. Je ressens la souffrance de millions de personnes et pourtant quand je regarde le ciel, je pense que tout finira par s’arranger, que cette brutalité aura une fin, que le calme et la paix reviendront régner sur le monde. En attendant, je dois garder mes pensées à l’abri.  Qui sait ? Peut-être trouveront-elles une application dans les temps à venir ! »

                                                                                                                                   15 juillet 1944

Par Michel C. - Publié dans : Philatélie et mémoire - Communauté : Passeurs de mémoire
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