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Terre ! N'efface pas leurs visages
" Etre humain signifie pointer vers, se diriger vers quelque chose au delà de soi, ou bien une cause à servir, ou bien un être à
aimer " Viktor Frankl
Matricule 31769
Camp de Neuengamme

Trois cent témoins ont apporté leur contribution à cette oeuvre relatant l'histoire des Français dans le camp de concentration d'Oranienburg-Sachsenhausen, camp central dans le système
concentrationnaire nazi, et désigné par les déportés eux mêmes par un diminutif: SACHSO. Projet élaboré en 1971 par l'Amicale des anciens déportés, fidèle aux valeurs de
solidarité et de fraternité qui animaient ces derniers, cet ouvrage est d'une importance majeure pour une meilleure connaissance de la vie dans les camps.
"Sachso", travail collectif par l'Amicale d'Oranienburg-Sachsenhausen - Collection Terre Humaine - Editions PLON
ISBN: 2-259-00894-1
A l'occasion de la Journée mondiale contre l'homophobie (17 mai 2010), je voudrai ici évoquer la mémoire des victimes des persécutions exercées par le régime nazi contre la population homosexuelle, à travers le souvenir du Docteur Bernhard Langer, lui même victime de cette homophobie, et déporté dans le camp de concentration de Sachsenhausen. L'Amicale du camp de Sachsenhausen lors d'une cérémonie sur la stèle du kommando Heinkel le 18 avril avait associé à cet instant de recueillement Ulrich Kessler, représentant l'Association des Gays et Lesbiennes allemands qui à cette occasion prit la parole pour évoquer la trajectoire du Docteur Langer, un médecin généreux que nombre de déportés français eurent l'occasion de croiser. Je le remercie de m'avoir autorisé à reprendre l'intégralité de son texte:
" Nous nous souvenons aujourd'hui ensemble des
horreurs du Kommando Heinkel. Nous, Association des Gays et Lesbiennes allemands, vous remercions d'avoir conservé la mémoire de ce site au cours de toutes ces années. Aprés votre hommage au
cimetière de Germendorf, vous me donnez la possibilité dans cette intervention de rappeler le parcours de Bernhard Langer, médecin déporté, survivant du camp annexe de Heinkel.
Je veux tout d'abord citer une lettre adressée au Dr Langer par le belge Jacques Placet, ancien infirmier au Kommando Heinkel: " Je me souviens de toutes ces
opérations impensables dont une ablation d'un rein, sans transfusion sanguine, sans antibiotique, avec une simple anesthésie superficielle, un scalpel et quelques pinces coupantes. Il y a peu de
temps, j'ai parlé avec le Dr Coudert et notre ami Bernard Mery de cette opération. Le Dr Coudert se souvient encore trés bien d'avoir accuelli ce malade au Revier de Sachsenhausen. Le succés de
l'opération l'avait stupéfié car il connaissait le peu de moyen dont pouvait disposer un médecin dans un tel lieu. Il avait appris avec joie que le malade avait survécu" . Mais qui
était donc Bernhard Langer ?
Fred Brade a réalisé de nombreuses recherches sur sa vie pour préparer l'exposition "Des hommes homosexuels dans le camp de Sachsenhausen", consacrée aux victimes de l'article 175 du Code pénal allemand qui entre 1871 et 1994 condamnait l'homosexualité. Suite à ces travaux, on peut identifier 3 périodes dans la vie de Bernhard Langer. La première vie montre un écolier puis un étudiant en médecine dynamique qui donne libre cours à ses préjugés. Comme étudiant, il se rattache à une alliance catholique. En 1928, dés l'obtention de son diplome, il s'installe à Berlin. Il y travaille tout d'abord comme interne à l'hopital catholique St Edvige, puis ouvre en 1932 à proximité son propre cabinet. A cette époque, il devient membre de la SA. C'est en 1936 que s'achève brusquement cette première tranche de vie. Acteur de la vie homosexuelle berlinoise, il est condamné pour la première fois à cause de son homosexualité. Trois mois plus tard, il est exclu de la SA.
Son mariage, en février 1935, signe peut être le début de la deuxième vie de Bernhard Langer. Devenu père de trois enfants
qu'il adore, sa famille fait tout pour cacher aux proches et aux amis sa première arrestation. Malheureusement elle ne peut le protéger contre une seconde dénonciation (par ses
voisins) qui en aout 1940 aboutit à sa condamnation. D'abord incarcéré dans la prison de Berlin Plötzensee, il est transféré au camp de concentration de Sachsenhausen, et enfin à
Heinkel. Affecté au revier, le Docteur Bernhard comme on l'appelle est trés apprécié par les déportés, comme le prouve les lettres de Jacques Placet et de nombreux autres
témoins français, belges et luxembourgeois. Lancé sur la marche de la mort en avril 1945, il est libéré à Grabow par les forces de l'Armée Rouge. Sur place, il apporte ses soins aux
déportés bien sur, mais également à la population civile. Aprés la libération, il gardera trés longtemps le contact avec ses camarades étrangers, et tout spécialement avec l'Amicale
française.
Matricule 63098
Commence alors la troisième vie de Bernhard Langer. Délibérément, il cache aux autorités de RDA son passé et déclare tous ses papiers disparus. Il relance sa carrière médicale, apporte ses compétences à une clientèle fidèle qui lui voue une profonde reconnaissance. La Stasi quant à elle connait bien son passé. Mais il en est tout autrement pour ses enfants. C'est seulement à la mort de son père, le 11 octobre 1979, que sa fille découvre dans une valise, l'héritage du passage de son père dans le camp de concentration de Sachsenhausen, ainsi que les contacts entretenus avec ses camarades français dont il avait gardé le secret.
Je voudrai terminer mon intervention en signalant que Bernhard Langer, quelques mois avant sa mort, reçut une lettre adressée par l'Amicale française de Sachsenhausen. Lors de son 33ème congrés se déroulant à Brest, elle désirait exprimer sollennellement son respect ainsi que ses remerciements au Dr Langer, dont le souvenir était resté trés vif chez tous ceux qui l'avait connu. La lettre avait été écrite le 26 mai 1979, en allemand, et fut signée par le Président du Comité International de Sachsenhausen, Charles Désirat, le Président du Comité de Sachsenhausen de la RFA, Werner Koch, ainsi que par un représentant de l'Amicale du Luxembourg.
Je vous remercie." Ulrich Kessler
Pour approfondir le sujet: - http://triangles-roses.blogspot.com - www.rosa-winkel.lsvd.de