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Terre ! N'efface pas leurs visages
" Etre humain signifie pointer vers, se diriger vers quelque chose au delà de soi, ou bien une cause à servir, ou bien un être à
aimer " Viktor Frankl
Matricule 31769
Camp de Neuengamme

Trois cent témoins ont apporté leur contribution à cette oeuvre relatant l'histoire des Français dans le camp de concentration d'Oranienburg-Sachsenhausen, camp central dans le système
concentrationnaire nazi, et désigné par les déportés eux mêmes par un diminutif: SACHSO. Projet élaboré en 1971 par l'Amicale des anciens déportés, fidèle aux valeurs de
solidarité et de fraternité qui animaient ces derniers, cet ouvrage est d'une importance majeure pour une meilleure connaissance de la vie dans les camps.
"Sachso", travail collectif par l'Amicale d'Oranienburg-Sachsenhausen - Collection Terre Humaine - Editions PLON
ISBN: 2-259-00894-1
La prise en compte administrative du déporté nouvellement arrivé dans le camp était encadrée par un certain nombre de règles et d’étapes. Dés les premières heures, le système concentrationnaire s’attachait à faire disparaître tout lien avec une vie antérieure, dans l’unique objectif d’effacer l’identité du détenu dans l’humiliation la plus totale. Avec le déshabillage complet du déporté démarrait le processus de désindividualisation. Dépouillé de ses ultimes effets personnels et totalement nu, le détenu était fouillé, rasé, douché, désinfecté puis habillé avec un pyjama rayé de bagnard. Lui était alors attribué en guise de nouvelle identité un numéro matricule affiché sur la veste et le pantalon de sa tenue, qu’il devrait en toutes circonstances savoir entendre et énoncer.
2000 - Timbre belge conçu par Rob Buytaert pour la série "Le tour du XXème siècle en 80 timbres", traitant du thème des camps de concentration, et reproduisant les portraits signalétiques de deux détenus dont l'un est un déporté politique tchécoslovaque enregistré à Auschwitz (à droite). En arrière plan, vue partielle du secteur BII de Birkenau.
L’enregistrement s’achevait par la réalisation d’un portrait signalétique qui complétait la fiche d’identification du détenu. Cette mission était dévolue au Service de l’identification (Erkennungsdienst) qui se chargeait de la prise de vue, du développement et de l’archivage de ces clichés. L’opérateur tirait un portrait de face, un de profil et un de trois quart. Ces trois clichés étaient imprimés en trois séries identiques, dont deux étaient destinées au Service politique alors que la troisième restait dans le Service de l’identification. Un certain nombre d’informations issues de la fiche du détenu apparaissaient en bas de chaque photographie : une lettre pour la nationalité, un sigle pour le motif de la déportation, un numéro matricule, données complétées de manière aléatoire par le nom du camp, la date d’arrivée, le nom du déporté… selon les lieux et selon les périodes. A l’heure de la libération des camps, de nombreuses archives photographiques furent détruites par les Nazis, et d’autres disparurent dans le chaos des derniers combats. La série la plus volumineuse sauvée à ce jour provient du camp d’Auschwitz. Constituée de 39 000 portraits, son étude a permis la compréhension fine des codifications appliquées aux photographies signalétiques concentrationnaires.
Auschwitz
réservait aux déportés une étape supplémentaire dans le processus de déshumanisation: le tatouage du matricule dans la chair même du déporté. Dans un soucis chronique de « discipline
administrative », le commandement du camp pour faciliter le décompte des décès toujours plus nombreux avait institué l’obligation d’écrire le matricule directement sur le cadavre des
déportés. Mais à compter de la fin de l’année 1941, une pratique bien plus agressive fut mise en place, sur les vivants. Le matricule se présentait sous forme d’une plaque sur laquelle les
chiffres étaient signifiés par des aiguilles. Il restait alors à appliquer violemment cette plaque sur le thorax du détenu, et à projeter ensuite le colorant sur la peau tailladée par les
aiguilles. Les prisonniers de guerre russes et polonais furent les premières victimes de cette technique qui par la suite fut modifiée. Après le printemps 1942, les chiffres furent tatoués
séparément et manuellement par une série de piqûres à l’aiguille sur l’avant bras gauche. A cette époque, seule la population juive présente dans le complexe d’Auschwitz était concernée. Ce fut
finalement début 1943 que l’ensemble des détenus eut à subir ce tatouage contraint, par la même technique, mais à l’exception des Allemands.
Paradoxalement, le fait d’être tatoué à Auschwitz équivalait à un passeport pour la vie, aussi incertaine fut-elle. Car pour les autres, le destin le plus immédiat qui soit les guiderait vers la chambre à gaz, aussitôt la première sélection effectuée. Ce tatouage n’en restait pas moins un signe d’appartenance à une catégorie d’individus que les Nazis s’acharnaient à ne plus voir comme des être humains. Pour les déportés, le danger était là, non seulement dans la négation de leur humanité par des geôliers qui les désignaient comme des « sous-hommes », mais également dans le risque avéré de se persuader eux même de n’être que des objets sans conscience. La bataille pour la survie se jouerait donc en premier lieu sur la capacité de chacun à résister psychologiquement.
Il est intéressant de constater que peu nombreux furent les rescapés décidés à se faire retirer ces tatouages. Ces chiffres incrustés dans leurs chairs meurtries, tels une mémoire "encrée" dans leur peau, leur conféraient un statut particulier vis-à-vis de ceux qui furent assassinés dans les camps, en devenant les meilleurs instruments de lutte contre l’oubli et le négationnisme.