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Terre ! N'efface pas leurs visages
" Etre humain signifie pointer vers, se diriger vers quelque chose au delà de soi, ou bien une cause à servir, ou bien un être à
aimer " Viktor Frankl
Matricule 31769
Camp de Neuengamme

Trois cent témoins ont apporté leur contribution à cette oeuvre relatant l'histoire des Français dans le camp de concentration d'Oranienburg-Sachsenhausen, camp central dans le système
concentrationnaire nazi, et désigné par les déportés eux mêmes par un diminutif: SACHSO. Projet élaboré en 1971 par l'Amicale des anciens déportés, fidèle aux valeurs de
solidarité et de fraternité qui animaient ces derniers, cet ouvrage est d'une importance majeure pour une meilleure connaissance de la vie dans les camps.
"Sachso", travail collectif par l'Amicale d'Oranienburg-Sachsenhausen - Collection Terre Humaine - Editions PLON
ISBN: 2-259-00894-1
Paul Schneider est né à Pferdsfeld (Allemagne) le 29 aout 1897 et meurt dans le camp de Buchenwald le 18 juillet 1939.
Lorsqu’en septembre 1933 se déroule en Allemagne le
« synode brun », le spectacle est édifiant. La plupart des ecclésiastiques présents arborent sans état d’âme les insignes distinctifs nazis, signant au minimum leur soumission, au pire
leur adhésion aux thèses du parti national socialiste. Mais si Hitler rallie sous l’étendard du « Christianisme positif » une église protestante allemande traditionnellement obéissante
et désireuse à l’époque de coller au destin national, il ne peut ignorer les critiques et les réprobations qui d’emblée s’expriment au grand jour. D’ailleurs lorsque deux mois plus tard, en
novembre, lors d’une manifestation des chrétiens allemands, le projet de revisiter les textes bibliques pour les placer délibérément au service de l’idéologie du Führer surgit dans la bouche
d’orateurs serviles, il devient définitivement impossible de se taire pour tous ceux qui au contraire défendent dans la tourmente la foi et les
valeurs chrétiennes. 1934 et 1935 voient les arrestations et les persécutions se succéder dans le but avoué d’écraser sous la botte ce vent menaçant. En 1936, la fronde persiste comme par exemple
l’Eglise Confessante qui par écrit va jusqu’à condamner les pratiques de la Gestapo et l’ouverture des camps de concentration, stigmatisant
l’idéologie antisémite et totalitaire des nazis. Les responsables de cette église subissent alors de plein fouet la répression qui s’organise. Parmi ceux-ci, le pasteur Martin Niemöller qui est
arrêté et interné au camp de Sachsenhausen en 1937, puis transféré au camp de Dachau en 1941.
C’est dés septembre 1933 que Paul Schneider s’affiche ouvertement antinazi. Résolument engagé dans l’aide aux plus défavorisés, il organise avec son épouse, un réseau d’entraide au bénéfice des femmes, des chômeurs et des sans domicile. A l’instant même de l’arrivée au pouvoir de Hitler, il comprend qu’un rude combat s’engage. Membre comme le pasteur Niemöller de l’Eglise Confessante allemande, il est arrêté une première fois à l’occasion des funérailles d’un jeune nazi au cours desquelles il déclenche un scandale. Mais il refuse de renier ses convictions, et s’oppose pied à pied aux positions des ecclésiastiques inféodés. En 1937, la Gestapo est chargée de le réduire au silence. Enfermé, harcelé et torturé pendant deux mois dans la prison de Coblence, il est ensuite interné sous le matricule 2491 dans le camp de concentration de Buchenwald qu’il ne quittera plus.
Paul Schneider n’obtempère nullement. Il est prêt pour son
épreuve. En 1938, à l’occasion de l’anniversaire d’Hitler, il refuse de s’incliner et d’ôter son calot devant la bannière nazie. On l’expédie au cachot (voir photo de sa cellule ci-contre). Même
isolé, et maintenu dans l’obscurité la plus complète, celui que l’on surnomme le « prédicateur de Buchenwald » crie, hurle même pour que
tous ses camarades, quelles que soient leurs convictions religieuses, entendent ses prêches, pour leur apporter réconfort et soutien par la parole de Dieu. Définitivement insoumis à l’intolérance
et à l’injustice, sa victoire symbolique est totale sur ses geôliers. Ils l’assassineront le 18 juillet 1939 par une injection mortelle, la seule façon d’obtenir son silence.