Présentation

Edouard TARIF

Edouard Tarif - portrait

Matricule 31769
Camp de Neuengamme 

120px-Red_triangle_French_svg.png

Ecrire pour demain

Sachso jacquette terre humaine
Trois cent témoins ont apporté leur contribution à cette oeuvre relatant l'histoire des Français dans le camp de concentration d'Oranienburg-Sachsenhausen, camp central dans le système concentrationnaire nazi, et désigné par les déportés eux mêmes par un diminutif: SACHSO. Projet élaboré en 1971 par l'Amicale des anciens déportés, fidèle aux valeurs de solidarité et de fraternité qui animaient ces derniers, cet ouvrage est d'une importance majeure pour une meilleure connaissance de la vie dans les camps.

"Sachso", travail collectif par l'Amicale d'Oranienburg-Sachsenhausen - Collection Terre Humaine - Editions PLON
ISBN: 2-259-00894-1

Buchenwald

Buchenwald DSC03230

Syndication

  • Flux RSS des articles

overblog

Mémoire

Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 22:00

1 expo Niort 2012Le Musée d'Agesci de Niort (79), à l'initiative de la délégation des Deux Sévres de l'UNADIF, présente pendant deux semaines une exposition consacrée à la résistance dans les camps nazis. Elle devrait servir de support pour les futurs candidats à la préparation du Concours National de la Résistance et de la Déportation.

5 expo Niort 2012Jane Debenest, présidente de la section des Deux Sèvres de l'UNADIF (à gauche) lors de l'inauguration de l'exposition, dans l'exercice de lecture croisée avec une petite-fille de déporté.    

L'ESPRIT DE RESISTANCE

L'esprit de résistance n'a pas disparu à la porte des camps. Il est resté inébranlable, la plus grande entreprise de déshumanisation qui soit n'ayant pas réussi à le briser. Hommes et femmes plongés dans l'enfer des camps nazis ont fait face, et malgré l'extrême gravité des risques encourus (généralement la mort ou une sévère bastonnade), ont poursuivi le combat contre le nazisme.

" Je suis ici pour dire NON " disait un déporté agonisant au camarade qui le veillait.

Dire " NON ", rester debout, demeurer des êtres humains pour survivre, et peut être plus tard, témoigner.

7 expo Niort 2012          niort 25

LES FORMES DE RESISTANCE

Résister pour le détenu pouvait prendre plusieurs formes:

1 - Le maintien coûte que coûte de sa dignité physique et morale. Conserver une apparence humaine malgré le régime de terreur. Ne jamais céder. " A partir du moment où on se laissait aller, on était perdu " confie Jeanette L'Herminier.

2 - Le maintien d'une activité artistique et intellectuelle.

Il s'agissait alors de se prouver à soi même, mais également aux autres qu'il était difficile certes mais possible de ne pas devenir un animal, et sauvegarder l'Humanité en soi. Il y avait là un moyen de fuir par la pensée l'environnement infernal qui s'acharnait à nier cette identité humaine. Poussé à l'extrême, les déportés pouvaient y trouver un plaisir inattendu, jubilatoire même, par exemple par l'échange des recettes les plus gourmandes possibles ! Enfin cette activité clandestine aurait vocation, si le miracle de la libération se produisait, à lutter contre l'oubli, à servir de preuves des exactions subies ( de précieux dessins furent présentés aux différents procés qui suivirent la chute du IIIème Reich), et à faire entendre la voix des déportés à distance de ces évènements.

3 - Le sabotage.

Il était extrêmement risqué, mais trés répandu dans les ateliers et les usines travaillant pour l'industrie de guerre allemande. " Chaque petit grain de sable que nous introduisions dans cette machine infernale était pour nous une victoire sur l'ennemi " disait Jacqueline Fleury.

4 - La solidarité entre les déportés. Elle a permis à nombre d'entre eux de tenir envers et contre tout. L'amitié entre détenus était indéfectible. " Sans cette solidarité qui nous insuffle malgré tout de la force, aucune n'aurait pu survivre et revenir " confirme Andrée Duruisseau-Gros.

5 - L'affirmation de leur qualité de citoyen, y compris face aux tortionnaires. C'est ainsi que furent stoppées ici, pendant une minute, les machines d'un atelier un 11 novembre, ou que l'on entendit ailleurs chanter la Marseillaise un 14 juillet...

        8 expo Niort 2012             13 expo Niort 2012

L'exposition niortaise présente au public un ensemble d'objets, du symbole religieux au bijou, du carnet de recettes à l'outil de cuisine décoré et stylisé, ainsi qu'une série de dessins et croquis réalisés par des déporté(e)s alors qu'il(elle)s étaient encore derrière les barbelés. Ces dessinateurs s'appellent Violette Rougier Le cocq, Boris Taslitzky, Maurice de la Pintière, Georges Despaux,  et leurs oeuvres sont autant de témoignages de la permanence à l'intérieur des camps d'une vie résistante.

 17-expo-Niort-2012.jpg    11 expo Niort 2012   FOTO-S-despaux-prints Pagina 013[2]

LES DESSINS

Certains ont choisi de s'exprimer par le dessin. Ceux-ci sont l'écho des camps, l'écho des combats menés par des hommes et des femmes contre le nazisme au sein même des camps. Ils redonnent à leurs auteurs, mais également aux autres détenus, leur dignité, leur identité, constituant de fait une victoire sur la volonté des nazis de réduire les déportés au néant.

Chacun de ces dessins est en lui même un acte de résistance. Dessiner était formellement interdit dans les camps sous peine de mort. Les artistes devaient se procurer clandestinement des petits bouts de crayon et du papier (morceaux de sacs de ciments, bouts de carton, reliquats de papier photographique...), les ramassant en cachette dans le camp ou en les dérobant à l'intérieur des ateliers de travail, trés souvent avec la complicité de camarades. Il leur fallut ensuite par des trésors d'ingéniosité conserver et protéger ces oeuvres, parfois en les faisant sortir des camps, puis les sauver au moment de la libération des camps, alors que beaucoup se voyaient jetés sur les routes de la mort.

Dotés d'une force de témoignage incomparable, certains de ces dessins furent présentés comme preuves lors des procés d'aprés guerre. Ce fut en particulier le cas des dessins de Violette Rougier Le Cocq pour le camp de Ravensbruck, présentés au procés de Hamburg.   15 expo Niort 2012

A RAVENSBRUCK, L'HUMOUR  RESISTANT

Enfin, cette exposition fait une place de choix, et ceci à juste titre à Germaine Tillion et à son opérette " Le Verfügbar aux enfers " . Ethnologue, résistante dans le réseau du Musée de l'Homme, Germaine Tillion est arrêtée  puis déportée en octobre 1943 dans le camp de Ravensbrück. En cachette, et avec la complicité de ses camarades, elle rédige un texte bardé d'humour et de dérision qui accompagnera une vingtaine d'airs populaires et lyriques. Acte de résistance par excellence, la création de cette oeuvre originale et vraisemblablement unique dans l'histoire des camps permit à Germaine Tillion, et aux camarades qui partagèrent avec elle cette expérience tragique, de survivre non sans douleur dans cet univers dantesque. Pour elles, rire et souffrir signifiaient aussi qu'elles étaient toujours en vie. 

16 expo Niort 2012

Projection de l'opérette de Germaine Tillion filmée lors d'une représentation sur le site du camp de Ravensbruck à l'occasion du 65ème anniversaire de la libération du camp.

Article rédigé à partir des textes de Jane Debenest pour l'exposition " Résister dans les camps nazis ". Photographies: Michel Claverie

 

Par Michel C. - Publié dans : Mémoire - Communauté : Passeurs de mémoire
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 11:20

couverture savoir déporté " On attend de nous, on exige de nous de témoigner "avant qu'il ne soit trop tard". Quel savoir est espéré là, quel aveu sur nos lits de morts, de quel secret de famille ? Où pourront mener toutes ces écoutes de survivants par des gens un peu ou beaucoup trop psy-formés, ou psy-informés ? A des clips je le crains, dont joueront, jouiront, les générations futures. Car toute pédagogie de l'horreur ne peut éviter de pousser à produire de la jouissance. Et ne faudrait-il pas aux trois métiers impossibles désignés par Freud - éduquer, gouverner, psychanalyser - ajouter ce quatrième: témoigner ? Ici je dois préciser le particulier de ma position. Il n'y a en France guère d'anciens déportés devenus psychanalystes. Ou alors ils ne se font pas connaître comme tels. Un peu plus nombreux sont ceux et celles qui ont connu l'internement et le ghetto encore enfants. De chez Lacan, je pense être la seule. Parmi mes camarades déportés également, ma position est particulière, surtout en ceci: une des rares à avoir retrouvé au retour mes deux parents non déportés et vivants - des parents suffisament freudiens pour pouvoir entendre tout, je dis tout, de ce que j'avais à raconter. Ré-émerger de ça, des camps, de leur avoir tout dit, a pris de longues années de psychanalyse. Mais c'est aussi cela - et ma chance au camp même, mon relativement peu de déportation par rapport à d'autres - qui a rendu possible le devenir analyste malgré/à cause du camp. Ne pas pouvoir en parler, du fait de ne pas être entendue, ça, je l'ai connu seulement bien plus tard, et, hélas, surtout dans la communauté psychanalytique. Il fallait donner ces précisions car toute élaboration de l'extérieur blesse souvent d'autres camarades. Nous est en général insupportable ce qui s'élabore à partir de notre viande, en histoire, en psychanalyse, en philo, en politique et même parfois dans les différents regroupements de survivants. Ce n'est forcément jamais "ça". Shoah m'a délivrée du sentiment d'impuissance - et parfois d'obsénité - d'avoir à témoigner à travers ma petite histoire particulière. Il m'en a au contraire, paradoxalement, donné le droit: car ce film, où on ne voit aucune horreur, aucun document d'archives, représente pourtant ce fond de tableau sur lequel toutes nos histoires individuelles sont inscrites, ce là-bas que nous revoyons, resentons quand nous parlons, un par un, une par une ".

Anne Lise Stern eut à subir une triple peine. Tout d'abord elle connut la fuite de l'Allemagne en cours de nazification parce que son père était un élu socio-démocrate (1933). Ensuite ce fut pour elle en milieu scolaire français une insupportable stigmatisation en tant qu'allemande, malgré la qualité indiscutable de sa scolarité. Enfin, ce fut sur dénonciation car juive qu'elle fut arrétée à Paris le 1er avril 1944. Incarcérée dans le camp de transit de Drancy jusqu'au 13 avril, elle atteint le camp d'Auschwitz par le convoi n° 71 deux jours plus tard. Elle connaitra deux autres camps: Bergen Belsen et Theresienstadt.

A son retour, elle choisit la psychanalyse comme source de compréhension du monde et de sa propre trajectoire. Rassemblant dans un même ouvrage, analyses personnelles, fragments de souvenirs et transcriptions d'expériences professionnelles, elle nous dévoile les fondations, les rouages intimes d'une compétence invisible, et d'un savoir inconscient, celui de déporté. En traversant avec elle le miroir du témoignage, ce livre nous autorise une approche inédite du vécu du rescapé, ses doutes, ses frustrations, ses défits, ses faillites. Face à la pathologie de l'Histoire, la thérapeutique de la mémoire : " Chaque sujet-déporté, réellement témoigne de ça, de cette loque qu'il a été, qu'ont été les autres autour de lui, qu'il était destiné à devenir. Le savoir-déporté, c'est ça, savoir sur le déchet, la loque. mais quand il en parle, en témoigne, loque il ne l'est plus".

" Le Savoir-déporté - camps, histoire, psychanalyse " - Anne lise Stern - Editions du Seuil (2004)

Par Michel C. - Publié dans : Mémoire - Communauté : Passeurs de mémoire
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 14 février 2011 1 14 /02 /Fév /2011 00:00

« Cherchez au fond de vous-mêmes ce que vous croyez être le meilleur, et trouvez une raison pour que votre vie soit digne d’être vécue. Si vous le faites, votre vie aura un sens. Sinon, vous vous amuserez, vous aurez des distractions, comme le dit Pascal, mais vous n’aurez pas l’honneur de vivre ».

          Geneviève de Gaulle-Anthonioz (Saint Jean de Valériscle, 25 octobre 1920 - Paris, 14 février 2002)  Geneviève de Gaulle HP 600 avec timbre à date

 Quelle n’est pas la surprise du milicien chargé d’interroger cette jeune femme fraîchement arrêtée dans une librairie parisienne lorsqu’il l’entend non pas répéter obstinément l’identité notifiée sur sa carte d’identité mais affirmer à ses risques et périls qu’elle s’appelle de Gaulle. Cette attitude avait été mûrement réfléchie, bien que Geneviève de Gaulle ne puisse au départ apprécier si dans des circonstances aussi tragiques, un tel nom puisse constituer un avantage ou un inconvénient. En ce 20 juillet 1943, âgée de 22 ans, Geneviève de Gaulle décide ainsi de regarder son destin en face, pas déçue de faire résonner à nouveau aux oreilles des traîtres et de l’occupant, le nom de celui qui ouvertement avait appelé le peuple français à la poursuite du combat.

               En quelque sorte, il n’aurait pu en être autrement pour la nièce du Général de Gaulle, élevée dans une famille aux valeurs affirmées, atypiques quant on les confronte à l’air du temps, mais fermement clairvoyantes. N’est-ce pas d’ailleurs son père Xavier, aîné de Charles, qui dés 1933 lui fait découvrir l’idéologie développée par Adolf Hitler dans son livre Mein Kampf ? Cette conscience « familiale » si tôt cultivée la guide sur le chemin du refus de la défaite et de l’insoumission à l’ennemi qui croit pouvoir écraser dans l’œuf tout esprit de résistance. Il n’en est rien. Dés 1940 à Rennes, puis en 1941 à Paris alors qu’elle est étudiante à la Sorbonne, elle s’engage dans l’action. Rédaction et distribution de tracts, missions de renseignements, et structuration de réseaux en particulier au sein du groupe Défense de la France la propulsent en première ligne. Elle tombe dans les mains de la milice ce 20 juillet 1943, vraisemblablement victime d’une dénonciation.

               Après six mois d’incarcération dans la prison de Fresnes, Geneviève de Gaulle est transférée à Compiègne qu’elle quittera le 31 janvier 1944. A l’appel du départ, une clameur s’élèvera autour d’elle, symbolique de l’espoir dans la victoire future que pouvait représenter le nom qu’elle portait. Ce convoi dit des « 27 000 » du fait des numéros matricules attribués aux déportées à leur arrivée, transporte 959 femmes dont 898 sont françaises. Sa destination, le camp de concentration allemand de Ravensbrück.

            Après trois jours de voyage, c’est l’enfer sur terre pour toutes ces camarades. Humiliations, maladies, sévices, travaux assassins, l’humanité et la féminité niées en elles. Puisant dans une volonté inébranlable, elle résiste et tisse un réseau de solidarité salvateur dont l’amitié en constitue le ciment. A son arrivée, la haine des SS se cristallise sur son nom. Le danger est alors imminent.  Mais le matricule 27 372 tient bon. Même lors de la terrible expérience de l’enfermement dans ce que l’on nomme le bunker. Au vu de la tournure des évènements militaires, Himmler avait imaginé pouvoir négocier avec les Alliés. Dans cet objectif, Geneviève de Gaulle avait été enfermée en isolement total mais en vain. Elle sera libérée en avril 1945 et remise à la Croix Rouge à la frontière suisse, puis récupérée par son père en poste au Consulat de France à Genève. C’est là qu’elle fait la connaissance de Bernard Anthonioz, son futur époux (1946), résistant savoyard ami d'André Malraux.Ravensbruck, fours crématoires.                                                Camp de Ravensbruck, les fours crématoires.

L’empreinte laissée par cette expérience concentrationnaire guide les choix de Geneviève de Gaulle-Anthonioz dans son travail de mémoire et sa lutte contre la pauvreté, ceci dés son retour. Tout d’abord c’est vers ses camarades rescapées qu’elle se tourne, et pose avec Marie-Claude Vaillant-Couturier les fondations de l’Association des anciennes Déportées et Internées de la Résistance, dont elle devient la présidente en 1958. Cette même année, elle fait connaissance du Père Joseph Wresinski qui lui fait découvrir un monde ignoré, celui de l’extrême pauvreté. Ce combat deviendra celui de toute une vie, du bidonville de Noisy-le-Grand jusqu’à l’Assemblée Nationale où elle parvient en 1998 à faire adopter une loi contre les exclusions. Elle se dévouera corps et biens à l’association ATD-Quart Monde en tant que présidente de 1964 à 1998, puis en tant que simple « volontaire permanent ».

La rose De Gaulle-Anthonioz

  2002 - Illustration sur soie du feuillet commémoratif numéroté consacré à Geneviève de Gaulle extrait du catalogue CEF. Créé par Jean Paul Cousin, le dessin représente une rose derrière des fils barbelés. La rose est en effet la fleur symbole des déportées de Ravensbruck.

Geneviève de Gaulle-Anthonioz fut la première femme à être élevée au grade de Grand-croix de la Légion d’honneur (1997)

Par Michel C. - Publié dans : Mémoire - Communauté : Passeurs de mémoire
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 5 juillet 2010 1 05 /07 /Juil /2010 16:00

Qui peut bien être cet homme, tellement altruiste et courageux pour être déclaré Juste parmi les Nations en 1990 et  béatifié par le Saint Père en 2002 ? Quelle mission a-t-il bien pu se voir confié qui ait pu le mener, sans la moindre faiblesse et en toute conscience, jusqu’au sacrifice suprême ?Cet homme-là, capable de se tourner vers ses semblables au point d’ignorer et de sacrifier sa propre sécurité, instigateur parmi tant d’autres anonymes d’une chaîne de solidarité héroïque, cet homme-là s’appelle Giovanni Palatucci.

Palatucci Giovanni HP1200Originaire de la région de Naples, il rejoint en 1937 son poste de commissaire de la Sécurité publique à Fiume, devenu Rijeka aujourd’hui sur le territoire croate, après une affectation turinoise peu passionnante. Fiume abrite alors  une communauté juive conséquente au moment des premiers exodes des populations chassées par les lois antisémites naissantes. Et dés lors que le Duce fait adopter le 17 novembre 1938 une loi destinée à « sauvegarder la race italienne », Giovanni Palatucci sait quelle est la direction à suivre. Profitant des responsabilités inhérentes à sa fonction, il entreprend une tâche magnifique mais éminemment dangereuse. Contournant les règlements en vigueur à ses risques et périls, il apporte son aide à la population juive placée sous sa juridiction. Falsifiant les données administratives officielles, orientant les familles à la dérive vers son oncle Mgr Giuseppe Palatucci, évêque en Campanie, ou apportant son aide logistique et matérielle aux réfugiés, il tente jour après jour de soustraire à leur sort les victimes des lois inadmissibles qui s’abattent sur son pays.

Mais tout se complique en 1943 lorsque Mussolini est déchu de son pouvoir, et que les forces allemandes s’emparent de Fiume. Devenu préfet, Giovanni subit la pression de l’occupant qui exige de lui qu’il fournisse au plus tôt l’inventaire écrit des familles juives présentes sur le territoire de Fiume. L’urgence de la situation s’impose à lui. Et c’est avec une ardeur renouvelée qu’il poursuit sa tâche en « effaçant » administrativement la trace de centaines de juifs. Conscient des risques encourus, il prend cependant contact avec l’ambassadeur de Suisse en poste à Trieste, un ami de longue date. C’est à lui qu’il confie sa fiancée et la mère de celle-ci, dans l’espoir de les mettre à l’abri. Il refuse toutefois d’abandonner son poste. Sa fiancée s’appelait Mika Heisler. Elle était juive et survécut à la guerre.

 Pour Giovanni, le destin frappe à sa porte le 13 septembre 1944. La gestapo ayant infiltré son réseau finit par démasquer ce préfet si peu efficace et si peu enclin à obéir aux ordres. Accusé de conspiration, d’abord enfermé dans la prison de Trieste, il est finalement déporté le 22 octobre dans le camp de Dachau. Les quatre mois passés en déportation seront marqués par la maladie et la souffrance. Il décédera le 10 février 1945, à quelques encablures de la libération du camp.

La reconnaissance de l’engagement désintéressé de cet homme ne se fera que très tardivement, ses exploits étant restés dans l’ombre pendant de nombreuses années. Il faudra attendre 1995 pour que l’Etat italien, conscient de la valeur peu commune de ce patriote lui attribue officiellement la Médaille d’or du Mérite civil. Le 29 mai 2009, un timbre commémoratif sera émis par la Poste italienne pour honorer son souvenir.

 Les paroles du président de l’Union des communautés juives italiennes, Amos Luzzatto évoquant l’attitude de Giovanni Palatucci  témoigne de la force et de l’humanité d’âme du personnage : « Il existe deux formes d’héroïsme, affirmait-il : celui découlant d’une nécessité inattendue, et celui de Palatucci, un héroïsme quotidien, répété et confirmé même face à la certitude du danger. Il a continué à agir tout en sachant qu’il se dirigeait vers son propre sacrifice. Pour lui, donner sa vie même pour un seul homme était un devoir ».

On estime à 5000 le nombre de juifs sauvés par le réseau de Giovanni Palatucci.

Il est décédé à Dachau alors qu’il n’avait pas encore fêté ses 36 ans.

Par Michel C. - Publié dans : Mémoire - Communauté : Passeurs de mémoire
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 17 mai 2010 1 17 /05 /Mai /2010 22:00

A l'occasion de la Journée mondiale contre l'homophobie (17 mai 2010), je voudrai ici évoquer la mémoire des victimes des persécutions exercées par le régime nazi contre la population homosexuelle, à travers le souvenir du Docteur Bernhard Langer, lui même victime de cette homophobie, et déporté dans le camp de concentration de Sachsenhausen. L'Amicale du camp de Sachsenhausen lors d'une cérémonie sur la stèle du kommando Heinkel le 18 avril avait associé à cet instant de recueillement Ulrich Kessler, représentant l'Association des Gays et Lesbiennes allemands qui à cette occasion prit la parole pour évoquer la trajectoire du Docteur Langer, un médecin généreux que nombre de déportés français eurent l'occasion de croiser. Je le remercie de m'avoir autorisé à reprendre l'intégralité de son texte:

DSC03477" Nous nous souvenons aujourd'hui ensemble des horreurs du Kommando Heinkel. Nous, Association des Gays et Lesbiennes allemands, vous remercions d'avoir conservé la mémoire de ce site au cours de toutes ces années. Aprés votre hommage au cimetière de Germendorf, vous me donnez la possibilité dans cette intervention de rappeler le parcours de Bernhard Langer, médecin déporté, survivant du camp annexe de Heinkel.

Je veux tout d'abord citer une lettre adressée au Dr Langer par le belge Jacques Placet, ancien infirmier au KommandoBernhard Langer DSC03521x Heinkel:  " Je me souviens de toutes ces opérations impensables dont une ablation d'un rein, sans transfusion sanguine, sans antibiotique, avec une simple anesthésie superficielle, un scalpel et quelques pinces coupantes. Il y a peu de temps, j'ai parlé avec le Dr Coudert et notre ami Bernard Mery de cette opération. Le Dr Coudert se souvient encore trés bien d'avoir accuelli ce malade au Revier de Sachsenhausen. Le succés de l'opération l'avait stupéfié car il connaissait le peu de moyen dont pouvait disposer un médecin dans un tel lieu. Il avait appris avec joie que le malade avait survécu" . Mais qui était donc Bernhard Langer ?

Fred Brade a réalisé de nombreuses recherches sur sa vie pour préparer l'exposition "Des hommes homosexuels dans le camp de Sachsenhausen", consacrée aux victimes de l'article 175 du Code pénal allemand qui entre 1871 et 1994 condamnait l'homosexualité. Suite à ces travaux, on peut identifier 3 périodes dans la vie de Bernhard Langer. La première vie montre un écolier puis un étudiant en médecine dynamique qui donne libre cours à ses préjugés. Comme étudiant, il se rattache à une alliance catholique. En 1928, dés l'obtention de son diplome, il s'installe à Berlin. Il y travaille tout d'abord comme interne à l'hopital catholique St Edvige, puis ouvre en 1932 à proximité son propre cabinet. A cette époque, il devient membre de la SA. C'est en 1936 que s'achève brusquement cette première tranche de vie. Acteur de la vie homosexuelle berlinoise, il est condamné pour la première fois à cause de son homosexualité. Trois mois plus tard, il est exclu de la SA.

Bernhard Langer DSC03514 trousse de secoursSon mariage, en février 1935, signe peut être le début de la deuxième vie de Bernhard Langer. Devenu père de trois enfants qu'il adore, sa famille fait tout pour cacher aux proches et aux amis sa première arrestation. Malheureusement elle ne peut le protéger contre une seconde dénonciation (par ses voisins) qui en aout 1940 aboutit à sa condamnation. D'abord incarcéré dans la prison de Berlin Plötzensee, il est transféré au camp de concentration de Sachsenhausen, et enfin à Heinkel. Affecté au revier, le Docteur Bernhard comme on l'appelle est trés apprécié par les déportés, comme le prouve les lettres de Jacques Placet et de nombreux autres témoins français, belges et luxembourgeois. Lancé sur la marche de la mort en avril 1945, il est libéré à Grabow par les forces de l'Armée Rouge. Sur place, il apporte ses soins aux déportés bien sur, mais également à la population civile. Aprés la libération, il gardera trés longtemps le contact avec ses camarades étrangers, et tout spécialement avec l'Amicale française.

Bernhard Langer DSC03524 63098

Matricule 63098

Commence alors la troisième vie de Bernhard Langer. Délibérément, il cache aux autorités de RDA son passé et déclare tous ses papiers disparus. Il relance sa carrière médicale, apporte ses compétences à une clientèle fidèle qui lui voue une profonde reconnaissance. La Stasi quant à elle connait bien son passé. Mais il en est tout autrement pour ses enfants. C'est seulement à la mort de son père, le 11 octobre 1979, que sa fille découvre dans une valise, l'héritage du passage de son père dans le camp de concentration de Sachsenhausen, ainsi que les contacts entretenus avec ses camarades français dont il avait gardé le secret.

 Je voudrai terminer mon intervention en signalant que Bernhard Langer, quelques mois avant sa mort, reçut une lettre adressée par l'Amicale française de Sachsenhausen. Lors de son 33ème congrés se déroulant à Brest, elle désirait exprimer sollennellement son respect ainsi que ses remerciements au Dr Langer, dont le souvenir était resté trés vif chez tous ceux qui l'avait connu. La lettre avait été écrite le 26 mai 1979, en allemand, et fut signée par le Président du Comité International de Sachsenhausen, Charles Désirat, le Président du Comité de Sachsenhausen de la RFA, Werner Koch, ainsi que par un représentant de l'Amicale du Luxembourg.

 Je vous remercie."                                                                                                                           Ulrich Kessler

 Pour approfondir le sujet:    - http://triangles-roses.blogspot.com       - www.rosa-winkel.lsvd.de

Par Michel C. - Publié dans : Mémoire - Communauté : Passeurs de mémoire
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés