Le Musée d'Agesci de Niort (79), à
l'initiative de la délégation des Deux Sévres de l'UNADIF, présente pendant deux semaines une exposition consacrée à la résistance dans les camps nazis. Elle devrait
servir de support pour les futurs candidats à la préparation du Concours National de la Résistance et de la Déportation.
Jane Debenest, présidente de la
section des Deux Sèvres de l'UNADIF (à gauche) lors de l'inauguration de l'exposition, dans l'exercice de lecture croisée avec une petite-fille de déporté.
L'ESPRIT DE RESISTANCE
L'esprit de résistance n'a pas disparu à la porte des camps. Il est resté inébranlable, la plus grande entreprise de déshumanisation qui soit n'ayant pas réussi à le briser. Hommes et femmes plongés dans l'enfer des camps nazis ont fait face, et malgré l'extrême gravité des risques encourus (généralement la mort ou une sévère bastonnade), ont poursuivi le combat contre le nazisme.
" Je suis ici pour dire NON " disait un déporté agonisant au camarade qui le veillait.
Dire " NON ", rester debout, demeurer des êtres humains pour survivre, et peut être plus tard, témoigner.
LES FORMES DE RESISTANCE
Résister pour le détenu pouvait prendre plusieurs formes:
1 - Le maintien coûte que coûte de sa dignité physique et morale. Conserver une apparence humaine malgré le régime de terreur. Ne jamais céder. " A partir du moment où on se laissait aller, on était perdu " confie Jeanette L'Herminier.
2 - Le maintien d'une activité artistique et intellectuelle.
Il s'agissait alors de se prouver à soi même, mais également aux autres qu'il était difficile certes mais possible de ne pas devenir un animal, et sauvegarder l'Humanité en soi. Il y avait là un moyen de fuir par la pensée l'environnement infernal qui s'acharnait à nier cette identité humaine. Poussé à l'extrême, les déportés pouvaient y trouver un plaisir inattendu, jubilatoire même, par exemple par l'échange des recettes les plus gourmandes possibles ! Enfin cette activité clandestine aurait vocation, si le miracle de la libération se produisait, à lutter contre l'oubli, à servir de preuves des exactions subies ( de précieux dessins furent présentés aux différents procés qui suivirent la chute du IIIème Reich), et à faire entendre la voix des déportés à distance de ces évènements.
3 - Le sabotage.
Il était extrêmement risqué, mais trés répandu dans les ateliers et les usines travaillant pour l'industrie de guerre allemande. " Chaque petit grain de sable que nous introduisions dans cette machine infernale était pour nous une victoire sur l'ennemi " disait Jacqueline Fleury.
4 - La solidarité entre les déportés. Elle a permis à nombre d'entre eux de tenir envers et contre tout. L'amitié entre détenus était indéfectible. " Sans cette solidarité qui nous insuffle malgré tout de la force, aucune n'aurait pu survivre et revenir " confirme Andrée Duruisseau-Gros.
5 - L'affirmation de leur qualité de citoyen, y compris face aux tortionnaires. C'est ainsi que furent stoppées ici, pendant une minute, les machines d'un atelier un 11 novembre, ou que l'on entendit ailleurs chanter la Marseillaise un 14 juillet...
L'exposition niortaise présente au public un ensemble d'objets, du symbole religieux au bijou, du carnet de recettes à l'outil de cuisine décoré et stylisé, ainsi qu'une série de dessins et croquis réalisés par des déporté(e)s alors qu'il(elle)s étaient encore derrière les barbelés. Ces dessinateurs s'appellent Violette Rougier Le cocq, Boris Taslitzky, Maurice de la Pintière, Georges Despaux, et leurs oeuvres sont autant de témoignages de la permanence à l'intérieur des camps d'une vie résistante.
LES DESSINS
Certains ont choisi de s'exprimer par le dessin. Ceux-ci sont l'écho des camps, l'écho des combats menés par des hommes et des femmes contre le nazisme au sein même des camps. Ils redonnent à leurs auteurs, mais également aux autres détenus, leur dignité, leur identité, constituant de fait une victoire sur la volonté des nazis de réduire les déportés au néant.
Chacun de ces dessins est en lui même un acte de résistance. Dessiner était formellement interdit dans les camps sous peine de mort. Les artistes devaient se procurer clandestinement des petits bouts de crayon et du papier (morceaux de sacs de ciments, bouts de carton, reliquats de papier photographique...), les ramassant en cachette dans le camp ou en les dérobant à l'intérieur des ateliers de travail, trés souvent avec la complicité de camarades. Il leur fallut ensuite par des trésors d'ingéniosité conserver et protéger ces oeuvres, parfois en les faisant sortir des camps, puis les sauver au moment de la libération des camps, alors que beaucoup se voyaient jetés sur les routes de la mort.
Dotés d'une force de témoignage incomparable, certains de ces dessins furent présentés comme preuves lors des procés d'aprés guerre. Ce fut en particulier le cas des dessins de Violette Rougier
Le Cocq pour le camp de Ravensbruck, présentés au procés de Hamburg.
A RAVENSBRUCK, L'HUMOUR RESISTANT
Enfin, cette exposition fait une place de choix, et ceci à juste titre à Germaine Tillion et à son opérette " Le Verfügbar aux enfers " . Ethnologue, résistante dans le réseau du Musée de l'Homme, Germaine Tillion est arrêtée puis déportée en octobre 1943 dans le camp de Ravensbrück. En cachette, et avec la complicité de ses camarades, elle rédige un texte bardé d'humour et de dérision qui accompagnera une vingtaine d'airs populaires et lyriques. Acte de résistance par excellence, la création de cette oeuvre originale et vraisemblablement unique dans l'histoire des camps permit à Germaine Tillion, et aux camarades qui partagèrent avec elle cette expérience tragique, de survivre non sans douleur dans cet univers dantesque. Pour elles, rire et souffrir signifiaient aussi qu'elles étaient toujours en vie.
Projection de l'opérette de Germaine Tillion filmée lors d'une représentation sur le site du camp de Ravensbruck à l'occasion du 65ème anniversaire de la libération du camp.
Article rédigé à partir des textes de Jane Debenest pour l'exposition " Résister dans les camps nazis ". Photographies: Michel Claverie
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" On
attend de nous, on exige de nous de témoigner "avant qu'il ne soit trop tard". Quel savoir est espéré là, quel aveu sur nos lits de morts, de quel secret de famille ? Où pourront mener toutes ces
écoutes de survivants par des gens un peu ou beaucoup trop psy-formés, ou psy-informés ? A des clips je le crains, dont joueront, jouiront, les générations futures. Car toute pédagogie de
l'horreur ne peut éviter de pousser à produire de la jouissance. Et ne faudrait-il pas aux trois métiers impossibles désignés par Freud - éduquer, gouverner, psychanalyser - ajouter ce quatrième:
témoigner ? Ici je dois préciser le particulier de ma position. Il n'y a en France guère d'anciens déportés devenus psychanalystes. Ou alors ils ne se font pas connaître comme tels. Un peu plus
nombreux sont ceux et celles qui ont connu l'internement et le ghetto encore enfants. De chez Lacan, je pense être la seule. Parmi mes camarades déportés également, ma position est particulière,
surtout en ceci: une des rares à avoir retrouvé au retour mes deux parents non déportés et vivants - des parents suffisament freudiens pour pouvoir entendre tout, je dis tout, de ce que j'avais à
raconter. Ré-émerger de ça, des camps, de leur avoir tout dit, a pris de longues années de psychanalyse. Mais c'est aussi cela - et ma chance au camp même, mon relativement peu de déportation par
rapport à d'autres - qui a rendu possible le devenir analyste malgré/à cause du camp. Ne pas pouvoir en parler, du fait de ne pas être entendue, ça, je l'ai connu seulement bien plus tard, et,
hélas, surtout dans la communauté psychanalytique. Il fallait donner ces précisions car toute élaboration de l'extérieur blesse souvent d'autres camarades. Nous est en général insupportable ce
qui s'élabore à partir de notre viande, en histoire, en psychanalyse, en philo, en politique et même parfois dans les différents regroupements de survivants. Ce n'est forcément jamais "ça". Shoah
m'a délivrée du sentiment d'impuissance - et parfois d'obsénité - d'avoir à témoigner à travers ma petite histoire particulière. Il m'en a au contraire, paradoxalement, donné le droit: car ce
film, où on ne voit aucune horreur, aucun document d'archives, représente pourtant ce fond de tableau sur lequel toutes nos histoires individuelles sont inscrites, ce là-bas que nous revoyons,
resentons quand nous parlons, un par un, une par une ".
Originaire de la région de Naples, il rejoint en 1937 son poste de commissaire de la Sécurité publique à Fiume, devenu Rijeka aujourd’hui sur le
territoire croate, après une affectation turinoise peu passionnante. Fiume abrite alors