Ce 22 octobre 2008 à 14 h, au lycée Lafayette de Rochefort, Francisco Ortiz, ex-combattant de la République Espagnole, témoin invité de la journée de formation proposée par
l’AFMD 17, se lève et nous fait face. Les conversations s’arrêtent, les attentions s’avisent. Que se passe-t-il donc ? Rembobinant la pellicule des souvenirs, le temps nous ramène par les yeux de
Francisco (et par son coeur aussi) jusqu’aux évènements les plus durs de sa vie d’homme. ” Je vais vous réciter un poème, indique-t-il, en l’honneur de ceux qui sont restés là-bas”.
”…
Alli esta el Danubio azul
Que un dia cambio de color
Con
sangre republicana
Del guerillero espanol.
…”
Le ton était ainsi donné. Un inimitable ton, celui qui vous plaque aux jambes, et qui dans le choc même vous embrume les tripes. Ce ton qui vous assomme et vous ranime à la fois. Ce ton qui
souffle l’espoir sur le champ de nos existences. Ce ton, même s’il ne redonne pas la vie à ceux qui ne sont pas revenus, qui leur redonne un visage et une voix. Et pour parler d’eux, Francisco
dit toujours “nous”. “Nous” pour évoquer le destin tragique des Républicains espagnols réfugiés en France aprés la Retirada (1939). “Nous” pour la reprise de la lutte et
l’engagement du côté de la Liberté, dans les forces armées d’abord, puis dans la clandestinité de la Résistance ensuite. “Nous” enfin dans l’ultime défi à la vie et à la mort, synonyme d’entraide
et de solidarité avec les camarades de souffrance dans le camp nazi de Mauthausen.
Ecouter Francisco Ortiz fut un privilège inestimable pour chacun des participants à cette journée. Un privilège à la hauteur des valeurs véhiculées par un tel témoignage. Le refus du désespoir,
la fidélité aux idées, et surtout la solidarité par dessus tout. Des valeurs transcendées par un courage hors norme, et une énergie communicative, dont le meilleur symbole reste ce
drapeau républicain survivant de l’enfer nazi, symbole résolument tourné vers l’avenir malgré l’empreinte des douleurs passées.
” Et si demain par hasard
Ca devait recommencer,
Je partirai volontaire
Défendre la Liberté.”
Extrait
du poème “A mi Tierra“ - Francisco Ortiz ( Poesias)


