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Edouard TARIF

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Camp de Neuengamme 

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Sachso jacquette terre humaine
Trois cent témoins ont apporté leur contribution à cette oeuvre relatant l'histoire des Français dans le camp de concentration d'Oranienburg-Sachsenhausen, camp central dans le système concentrationnaire nazi, et désigné par les déportés eux mêmes par un diminutif: SACHSO. Projet élaboré en 1971 par l'Amicale des anciens déportés, fidèle aux valeurs de solidarité et de fraternité qui animaient ces derniers, cet ouvrage est d'une importance majeure pour une meilleure connaissance de la vie dans les camps.

"Sachso", travail collectif par l'Amicale d'Oranienburg-Sachsenhausen - Collection Terre Humaine - Editions PLON
ISBN: 2-259-00894-1

Buchenwald

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Philatélie et mémoire

Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 12:30

L’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler en 1933 lui donne la possibilité d’appliquer dans son intégralité les thèses fondatrices de son programme politique. Les dispositions sont donc prises pour la mise en œuvre immédiate de l’idéologie national socialiste adossée à trois points : tout d’abord la notion de peuple élu dans les veines duquel coule le sang aryen, ensuite la nécessité d’offrir au peuple allemand les territoires indispensables à son développement, enfin l’impériosité de liquider les races jugées inférieures, en premier lieu la « race juive ». D’emblée, la persécution démarre. La discrimination institutionnelle se conjuguant avec la privation des droits individuels élémentaires, l’exclusion des juifs de la communauté allemande se finalise, et étendue aux territoires militairement vaincus, elle laisse poindre en filigrane l’idée de leur extermination physique et définitive.

 

C’est en mars 1941 que le premier pas est franchi, lorsqu’Hitler lance sur les populations juives des territoires envahis à l’Est les Einsatzgruppen, ces unités spéciales SS chargées de supprimer « les individus possiblement dangereux ». Jusqu’en juillet, seuls les hommes sont victimes de ces assassinats de masse, accusés d’être communistes ou désignés comme juifs, y compris par certaines communautés civiles promptes à adhérer à la politique du bouc émissaire de leur vainqueur. Mais à partir de cette période, sur l’injonction d’Himmler,  les femmes et les enfants sont soumis aux mêmes tueries. Restait à régler le cas des Juifs présents dans les autres territoires du Reich. C’est au cours du second semestre 1941 que la décision est prise de construire de véritables centres de mise à mort en Pologne. Les tragiques noms de Belzec, Chelmno, Sobibor et Treblinka font ainsi leur entrée dans l’histoire des hommes.

 

Chelmno Gas Van - date non connue avant 1945Chelmno sur Ner, devenu Kulmhof pendant l’occupation allemande, est un village de l’ouest de la Pologne. Le camp qui y est installé est alors le premier où les nazis tuent par gazage. Les opérations d’extermination massive des populations juives débutent dans le camp le 8 décembre 1941, alors que son commandant est un certain Herbert Lange, connu pour les exactions ignobles du programme d’euthanasie « T4 » contre les personnes handicapées.  Le camp est en fait installé dans un château du village, transformé en étape intermédiaire entre le transport par train et l’exécution au gaz. Après y avoir été dépouillées de toutes leurs affaires personnelles, et après s’être déshabillées, les victimes prennent le chemin de fausses douches pour se retrouver entassées dans la partie arrière d’un camion aménagé en chambre à gaz roulante. Après quelques kilomètres de route, les gaz d’échappement du véhicule provoquent l’asphyxie. Il ne reste plus au chauffeur qu’à rejoindre la forêt de Rzuchow où les 50 à 70 cadavres  sont enfouis dans des fosses communes. Les juifs assassinés à Chelmno viennent de la région polonaise du Warthegau, d’Allemagne, d’Autriche, et de Tchécoslovaquie. En 1942, Yaakov Grojanowski réussit à s’évader et rapporte par son témoignage aux responsables juifs du ghetto de Varsovie le récit de ces terribles évènements. Ces informations parviendront dés juin 1942 aux autorités de Londres.  Entre septembre 1944  et  janvier 1945, la mission de faire disparaître toute trace du camp fut confiée à un kommando spécial, missionné pour déterrer les corps des victimes et les brûler.   Une pierre à Belzec HP 1200

Dans le village de Belzec, au sud-est de la Pologne, s’installe en 1940 le centre de commandement d’un ensemble de camps de travail dont les prisonniers, essentiellement  juifs, édifient des défenses antichars. Au bout d’une année environ, les travaux s’achèvent et le réseau est démantelé. Mais  la présence  conjointe d’une très forte population juive à proximité de structures ferroviaires performantes laisse augurer aux autorités  SS  quelques facilités à l’application sur le terrain du concept de centre de mise à mort. Le 1er novembre 1941, la construction du camp d’extermination de Belzec est lancée, pour voir arriver le 17 mars 1942 les premiers transports en provenance des ghettos de Lvov et de Lublin. A la tête du camp est nommé le commissaire de police Christian Wirth  qui perfectionne les installations à partir de sa propre expérience dans les programmes d’euthanasie. Les trois premières chambres à gaz opérant entre mars et mai sont plutôt rudimentaires. Leurs murs sont constitués par une double épaisseur de bois enserrant une quantité conséquente de sable. A partir du mois de juin 1942, par soucis de performance, 6 nouvelles chambres à gaz sont érigées, cette fois en pierre et en béton. A Belzec, aucune sélection n’est effectuée. Il n’y a pas d’autre issue que la mort, provoquée par inhalation des gaz d’échappement d’un moteur de 250 cv tournant à l’extérieur des chambres à gaz. Les déportations vers Belzec s’arrêteront en décembre 1942. Durant le premier trimestre 1943, les corps des victimes furent exhumés et jetés dans des buchers à ciel ouvert, dans l’objectif secondaire de dissimuler les exactions. Les infrastructures furent détruites, les cendres à nouveau ensevelies dans un mélange de sable et de terre.  Le camp disparaîtra et sur son emplacement, une ferme sera construite.

Le camp de Sobibor identifié sous le nom officiel SS–Sonderkommando Sobibor est le second Mémorial Sobibor HP 600camp après Belzec, et avant Treblinka, à être construit dans le cadre du processus d’extermination des juifs dépendant du Gouvernement général de Pologne, connu sous le nom d’Action Reinhardt. Si une grande majorité des victimes juives est originaire de l’Est de la Pologne, en particulier du secteur de Lublin, il est important de constater que nombreuses sont celles provenant des territoires occupés dont la France, la Belgique et les Pays Bas. Démarrées en mai 1942, les exécutions par gazage s’achèvent avec le soulèvement de la résistance intérieure du camp le 14 octobre 1943. En effet, Himmler ayant décidé la transformation de Sobibor en camp de concentration avec la création d’un kommando de transformation des munitions ennemies, nombreux furent les déportés à craindre d’être considérés que des témoins gênants. Organisée autour de Léon Feldhendler et Alexander Pechersky, la résistance prépara un soulèvement finalement meurtrier. Beaucoup périrent dans les champs de mines qui sur une quinzaine de mètres de largeur entouraient le camp, et beaucoup d’autres furent repris et assassinés en représailles par les SS dans les semaines suivantes. Cet épisode solda le cas de Sobibor.

 

Carte premier jour mémorial Treblinka HP 1200Situé dans le district de Varsovie, le centre d’extermination de Treblinka est installé à un kilomètre et demi environ du camp de travail initial portant le même nom. Si ce dernier ouvre en novembre 1941, le camp de la mort rentre en fonction le 23 juillet 1942. A sa tête, un autre grand spécialiste des euthanasies, le Dr Irmfried Eberl. Dans la zone d’extermination, sont implantées initialement 3 chambres à gaz alimentées par un moteur diesel. Mais face à l’ampleur des objectifs, un véritable complexe sort de terre en cinq semaines comportant 10 nouvelles chambres à gaz susceptibles d’exterminer 4 000 personnes par jour en fonctionnant ensemble à plein régime. Comme dans les trois autres camps, il est impératif de masquer les exactions perpétrées dans son périmètre. Ainsi de nombreux branchages imbriqués dans les barbelés obstruent la vue. A l’intérieur, il faut également éviter toute panique, et pour cela, la tromperie est la règle. Comme lorsque les bourreaux désignent les douches à leurs victimes alors qu’ils les envoient à la mort par gazage.  C’est à partir de mars 1943 que va être lancée l’idée du  démantèlement progressif du camp. Précédant la révolte du camp de Sobibor, des déportés conscients du risque de leur  élimination générale se décident à agir. Le soulèvement d’environ 700 déportés a lieu le 2 août 1943. Une soixantaine d’entre eux seulement parviendront à s’échapper. Cet épisode précipitera les procédures d’effacement des crimes. Les deux derniers transports arriveront à Treblinka les 18 et 19 aout 1943.  Les forces soviétiques ne découvriront le site qu’en juillet 1944. Ici aussi, une ferme sera installée pour détourner l’attention des libérateurs.

 

Même si le décompte final des victimes englouties dans ces quatre centres d’extermination reste au stade de l’estimation, les historiens et les chercheurs au fil de leurs enquêtes situent le nombre de disparus à des niveaux  terrifiants. Les chiffres sont les suivants. Le nombre de victimes pour le camp de Belzec est évalué entre 500 000  et 600 000, dont 400 000 juifs au moins. Pour le camp de Chelmno, le nombre s’élèverait à 300 000, pour Sobibor à 250 000, la plupart juives, et pour Treblinka, le nombre total dépasserait les 900 000 victimes. En revanche, il n’existe pas de données numériques fiables concernant la population tzigane déportée dans ces centres. Pour Chelmno seulement, il est possible d’avancer le chiffre minimum de 5 000 Sintis et Roma assassinés dans les chambres à gaz.

Par Michel C. - Publié dans : Philatélie et mémoire - Communauté : Passeurs de mémoire
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Mercredi 6 juillet 2011 3 06 /07 /Juil /2011 14:29

 

MMD-au-pied-de-Notre-Dame---ph351-056---Phovoir-images.jpgEtrave immobile d’un navire sans port, le Mémorial des Martyrs de la Déportation à Paris demeure invisible à l’œil du piéton vagabond. Et malgré tous les efforts du monde, qu’il l’observe de la rive d’en face, ou qu’il la scrute à chaque enjambement de la Seine, rien d’autre sur l’Ile de la Cité ne semble battre que le chœur de Notre-Dame. Pourtant, s’il persévère et s’il s’obstine, il découvrira par lui-même le secret. L’Ile de la Cité a non seulement un cœur, mais aussi… de la mémoire !

Quittant en direction de l’Est le parvis de la mythique cathédrale, le visiteur profite sur son chemin d’une ultime halte verdoyante,  dernière station pour saluer au loin la ville qui grouille, et respire. Soumis à la platitude du promontoire îlien, il ne s’imagine pas traverser un pont. Parce qu’en effet, le square de l’Ile de France fait office de pont ! Un pont entre agitation et recueillement. Entre insouciance et conscience.

Timbre-crypte-des-d-port-s-pour-blog.jpg

Pour le visiteur, le choc est à la hauteur du contraste. Faisant table rase de la verdure, une minéralité horizontale projette jusqu’à la verticale de l’eau un bunker plan et déprimé. S’il s’était agi d’un tombeau, que le repos devait y être aisé à trouver dans les entrailles figées d’un tel mausolée ! Mais voici que surgissent deux escaliers enserrés entre leurs falaises de béton, qui sans ménagement ni préliminaire, débarquent le visiteur tenace sur un triangle pavé et silencieux. En récompense, une lame de ciel bleu azur au dessus de la tête !

Dorénavant, plus personne ne peut s’enfuir, ni même espérer. Les murs sont trop hauts, le soupirail trop bas, interdit par une herse aigue et menaçante. Même le bleu du ciel ne parvient plus à trouver son double sur le miroir de la Seine fuyante. Le visiteur devenu lui même prisonnier étouffe, écrasé, oppressé par l’absence d’horizon. Il n’y a aucun avenir possible ici.

Alors perdu pour perdu, il ne lui reste plus qu’à plonger dans la crypte et se confier à la nuit. Il ne peut plus avoir peur, car il est la peur. La peur de ne plus exister pour personne. La peur du néant. La peur de l’oubli. Dans la pénombre de la crypte, il cherche à présent son souffle, son refuge. Là personne pour hurler dans son dos. Pas de chiens assassins. Pas de schlague.

Et soudain, comme par miracle, à la lumière renaissante sur la rétine assagie, il se découvre autre, seul au milieu de la multitude, ou multiple au milieu de la solitude. L’obscurité n’était donc qu’un leurre, une carapace contre l’oubli, l’assurance de la sauvegarde des preuves. Qui viendra jusque là en aura la certitude. Ces murailles, ces pierres, ces lames, ces marches, ces cendres, ce silence, rien de tout cela n’est vide de sens. Tout attise une flamme qui jamais ne s’éteindra, la flamme d’une mémoire universelle, la seule qui permette au visiteur de retourner enfin et en paix, à la lumière de la ville et de la vie.

Inauguration-crypte-des-d-port-s-par-De-Gaulle.jpg

En 1953, le Réseau du Souvenir se voit confier par les associations et les fédérations nationales de déportés l’édification dans la capitale d’un monument commémorant le souvenir des français déportés dans les camps nazis entre 1941 et 1944, quel que soit le motif de leur déportation.  Le projet qui emporta la décision finale fut celui de Georges-Henri Pingusson (1894-1978), une figure du mouvement architectural moderne au même titre que Le Corbusier.

Le Mémorial des Martyrs de la Déportation est situé dans le 4e arrondissement de Paris, à la pointe Est de l’Ile de la Cité. Il fut inauguré par le Général de Gaulle le 12 avril 1962, et classé monument historique dans sa totalité par arrêté le 23 novembre 2007.

Lieu de recueillement tout autant qu’instrument pédagogique, il offre à la mémoire collective et individuelle un outil intemporel pour comprendre le passé, et préparer l’avenir. Symboliquement, deux cent mille bâtonnets de verre rappellent aux visiteurs le nombre de victimes. Le Mémorial abrite également les cendres d’un déporté inconnu provenant du camp du Struthof, seul camp de concentration situé sur le territoire français. 

Partageant avec eux, prés de 40 années plus tôt, le choix du parcours initiatique comme support du travail de mémoire, le Mémorial des Martyrs de la Déportation préfigurait alors le Mémorial de l’Holocauste de Peter Eisenman (Berlin, 2005) et le Mémorial à l’abolition de l’esclavage de Krzysztof Wodiczko (Nantes, 2011).

Carte maximum struthof HP 1200C’est également dans les années 1950 que la Commission nationale des Déportés, Internés et Résistants engage officiellement les premières réflexions sur un projet de mémorial sur le site du seul camp de concentration établi en territoire français, le KL – Natzweiler construit au lieu dit « Struthof ».  Chronologiquement, le site du camp est classé monument historique en 1950, celui de la chambre à gaz un an plus tard. En 1953 puis 1954 plusieurs commissions se structurent pour développer le projet. Bertrand Monnet, alors architecte en chef des monuments historiques prend à son compte celui du monument proprement dit. C’est Lucien Fenaux qui conçoit le monument symbolisant une flamme immense montant vers le ciel et enveloppant le corps décharné d’un déporté. Le Général de gaulle inaugure ce Mémorial aux martyrs et héros de la Déportation le 23 juillet 1960.

En 2005, Jacques Chirac, président de la république, inaugurera à proximité du site historique, le Centre Européen du Résistant Déporté (CERP), aboutissement d’un long parcours mémoriel entamé dés 1945 par les survivants eux-mêmes, à la hauteur des souffrances endurées et du message d’information et de vigilance voulu par ces derniers. Le camp du Struthof ouvrit ses portes le 1er mai 1941. Si le camp principal se situait en France, il fut en réalité au cœur d’un réseau de prés de 70 annexes fixées de par et d’autre du Rhin. Le nombre de déportés au KL – Natzweiler est estimé à 52 000, le nombre de victimes à 22 000.

  Luxembourg croix de Hinzert HP 1200

D’autres mémoriaux à travers le monde ont alimenté la création philatélique. En Europe par exemple, a été érigé à Luxembourg un Monument en mémoire des héros de la Résistance et des victimes de la Déportation. Ce mémorial à l’origine (1946) se résume à l’édification d’une croix dite de Hinzert, fabriquée à partir de matériaux provenant du camp de concentration luxembourgeois du même nom et proche de Trèves (1938 à 45) , d’où furent exhumés les corps de 78 résistants luxembourgeois. En 1969, un premier aménagement complémentaire lui confère le titre de Monument de la Déportation, pour finalement devenir le Monument National de la Résistance et de la Déportation avec l’adjonction du Prisonnier politique, bronze de Lucien Wercollier (1908-2002), lui-même résistant luxembourgeois incarcéré à Hinzert.

Uruguay mémorial de l'holocauste HP 1200

Loin du continent européen, le Président uruguayen Louis Alberto Lacalle fit encadrer par la loi l’installation d’un Mémorial de l’Holocauste à Montevideo. Le peuple juif y est symbolisé par un mur de 120 mètres de longueur qui malgré la brèche et le chaos de l’Holocauste poursuit son chemin  vers la lumière et l’espoir.

Par Michel C. - Publié dans : Philatélie et mémoire - Communauté : Passeurs de mémoire
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Mardi 26 avril 2011 2 26 /04 /Avr /2011 14:23

Majdanek mémorial et rotonde HP 1200

« Avec les mots tombés du nid qui n’ont pas connu les plaines du vent, qui se sont détachés, desséchés au container glacé du temps, je tresserai un lit de fleurs pour vous, mes aïeux, mes ancêtres, vous que je porte en moi sans cesse et sans cesse pesant dans mon sang, je vous ferai un lit de fleurs pour embaumer vos cendres perdues à tout jamais »

Olga Charlotte Auber, enfant cachée et poète - 2 novembre 2009 – Camp de Majdanek

La fête des moissons. Comment un terme aussi évocateur d’une tradition paysanne ancestrale, laborieuse mais joyeuse a-t-il pu être associé au nom de Majdanek ? Comment a-t-on pu lier l’une des pires usines de mise à mort nazies à un univers rural aussi attentif aux dotations de la terre qu’aux besoins de l’homme ? Car il n’y eut dans le camp de Majdanek ni fête, ni moisson ! Il y eut cependant ce 3 novembre 1943 désigné par les déportés comme le « mercredi sanglant », une journée planifiée pour l’exécution des juifs encore vivants de Majdanek et des camps de travail de Trawniki et de Poniatowa. Rassemblés et entassés dans le secteur V du camp, ils durent tous et toutes se dénuder de la tête aux pieds pour être dirigés entre deux alignements de gardiens SS jusqu’aux fosses communes chargées de les engloutir. Humiliés jusqu’au dernier instant, c’est par rangs entiers qu’ils durent s’allonger, face contre terre, collés les uns aux autres, pour être finalement soumis à la mitraille dans le dos. Quelle angoisse pour les « suivants », portée à son paroxysme par la folie destructrice de leurs bourreaux, alors qu’ils devaient se coucher le visage sur le dos encore chaud de leurs frères d’enfer ! Ce fut une journée d’exaction continue pendant laquelle, pour étouffer les cris des victimes et pourquoi pas donner de l’entrain aux assassins, une sono arrogante diffusa dans tout le camp un fond musical insensé. Plus de 18 000 personnes furent exécutées à Majdanek au cours de cette opération affublée par les SS d’un nom de code : Erntefest, la fête des moissons.

Maidanek-2-copie-1.JPG

La construction du camp débute en octobre 1941 dés l’arrivée d’un premier convoi de prisonniers soviétiques et polonais. Initialement, il doit devenir un camp de prisonniers de guerre de la Waffen SS Lublin et  se voit identifié comme tel sous le vocable Kriegsgefangenenlager. Mais c’est un véritable camp de concentration que le quartier Majdan Tatarski en périphérie sud-est de Lublin voit sortir de terre. L’appellation Konzentrationslager der Waffen SS Lublin rentre d’ailleurs officiellement en vigueur le 16 février 1943.

Ainsi, ce camp polonais répondra à trois objectifs distincts. Tout d’abord, il servira de camp de prisonniers de guerre, avec l’internement de 2 000 soldats soviétiques dés son ouverture. Il répondra également à une organisation de type concentrationnaire destinée à des prisonniers juifs et non juifs affectés dans le  camp central de Lublin-Majdanek mais aussi dans neufs kommandos satellites regroupant des ateliers appartenant à la SS. Enfin, le camp fera face à sa mission d’extermination par l’organisation de nombreuses fusillades de masse, dont celle du « mercredi sanglant »  le 3 novembre 1943 reste un des pires exemples, et par l’utilisation à partir de 1942 de plusieurs chambres à gaz. La plus grande pouvait contenir 300 individus et n’utilisait comme toxique mortel que le Zyklon B, alors que les deux autres, de capacité moindre (150 personnes) étaient susceptibles de fonctionner avec du Zyklon B mais aussi avec du gaz CO (monoxyde de carbone).

Maidanek-25.JPGLa libération du camp a lieu le 24 juillet 1944 donnant à voir aux troupes soviétiques un outil majeur de la solution finale, à leur grande surprise en parfait état de fonctionnement. Le nombre de victimes du camp de Majdanek demeure approximatif. Il est évalué entre 200 et 235 000 dont environ 80 000 juifs, le nombre de personnes assassinées dans les chambres à gaz demeurant inconnu. 2 551 français furent déportés dans ce camp. Un peu plus de 70 auraient survécu.

Maidanek 14                                      Le block où sont conservées des milliers de paires de chaussures...

C’est en 1969 que le Mémorial en hommage aux victimes du camp de Majdanek fut érigé sous la direction de l’architecte et sculpteur polonais Wiktor Tolkin. Fidèles à ses options artistiques, c’est une œuvre colossale qu’il imagina, à la dimension du drame humain joué ici sous le joug des nazis.

Tout d’abord, c’est la Voie de l’Hommage et de la Mémoire qui accueille les pas des visiteurs, large de 25 mètres et bordée d’un amas de pierres informes signifiant à ces derniers le chaos d’un passé sans fond. Au bout du chemin, d’une puissance sculpturale rare, le Monument de la Lutte et du Martyre se dresse, massif, écrasant, déformé par la douleur trop longtemps endurée. De cette masse imposante, presque suspendue au dessus de son socle, surgit simultanément l’espoir, violent et vivant, de la victoire finale.

    Majdanek mémorial 1200 HP     Maidanek 31

Mais sur le chemin de sa mémoire, le visiteur n’en est pas quitte pour autant. Le mémorial explose, jusqu’à l’horizon, jusqu’au point de non retour, un totem de mort dressé au pied d’un crématoire intact. A proximité, un mausolée lenticulaire fait contrepoids, affichant en façade le message suivant : «  Notre sort est pour vous un avertissement ».  Coiffée d’une lourde rotonde de béton, mais soumise aux grands vents du souvenir, apparaît alors une montagne de cendres humaines, vestiges de poussières de milliers d’âmes, de milliers de cœurs. La blessure est encore vive, et impose le recueillement absolu. Face à tous, une armée de témoins invisibles, victimes de crimes ineffaçables.

Maidanek 28  En associant ces deux structures, Wiktor Tolkin n’a pas simplement ancré sa démarche dans un passé tragique. Au contraire. Son mémorial porte le sceau de la victoire, celle de la vérité sur le mensonge, celle de la liberté sur l’avilissement, celle de la lumière sur la nuit.

Par Michel C. - Publié dans : Philatélie et mémoire - Communauté : Passeurs de mémoire
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Jeudi 31 mars 2011 4 31 /03 /Mars /2011 01:00

La prise en compte administrative du déporté nouvellement arrivé dans le camp était encadrée par un certain nombre de règles et d’étapes. Dés les premières heures, le système concentrationnaire s’attachait à faire disparaître tout lien avec une vie antérieure, dans l’unique objectif d’effacer l’identité du détenu dans l’humiliation la plus totale. Avec le déshabillage complet du déporté démarrait le processus de désindividualisation. Dépouillé de ses ultimes effets personnels et totalement nu, le détenu était fouillé, rasé, douché, désinfecté puis habillé avec un pyjama rayé de bagnard. Lui était alors attribué en guise de nouvelle identité un numéro matricule affiché sur la veste et le pantalon de sa tenue, qu’il devrait en toutes circonstances savoir entendre et énoncer.

Photo identité concentrationnaire HP 1200

 2000 - Timbre belge conçu par Rob Buytaert pour la série "Le tour du XXème siècle en 80 timbres", traitant du thème des camps de concentration, et reproduisant les portraits signalétiques de deux détenus dont l'un est un déporté politique tchécoslovaque enregistré à Auschwitz (à droite). En arrière plan, vue partielle du secteur BII de Birkenau.

L’enregistrement s’achevait par la réalisation d’un portrait signalétique qui complétait la fiche d’identification du détenu. Cette mission était dévolue au Service de l’identification (Erkennungsdienst) qui se chargeait de la prise de vue, du développement et de l’archivage de ces clichés. L’opérateur tirait un portrait  de face, un de profil et un de trois quart. Ces trois clichés étaient imprimés en trois séries identiques, dont deux étaient destinées au Service politique alors que la troisième restait dans le Service de l’identification. Un certain nombre d’informations issues de la fiche du détenu apparaissaient en bas de chaque photographie : une lettre pour la nationalité, un sigle pour le motif de la déportation, un numéro matricule, données complétées de manière aléatoire par le nom du camp, la date d’arrivée, le nom du déporté… selon les lieux et selon les périodes. A l’heure de la libération des camps, de nombreuses archives photographiques furent détruites par les Nazis, et d’autres disparurent dans le chaos des derniers combats. La série la plus volumineuse sauvée à ce jour provient du camp d’Auschwitz. Constituée de 39 000 portraits, son étude a permis la compréhension fine des codifications appliquées aux photographies signalétiques concentrationnaires.

Tatouage passé et futur sur nos bras HP 1200Auschwitz réservait aux déportés une étape supplémentaire dans le processus de déshumanisation: le tatouage du matricule dans la chair même du déporté. Dans un soucis chronique de « discipline administrative », le commandement du camp pour faciliter le décompte des décès toujours plus nombreux avait institué l’obligation d’écrire le matricule directement sur le cadavre des déportés. Mais à compter de la fin de l’année 1941, une pratique bien plus agressive fut mise en place, sur les vivants. Le matricule se présentait sous forme d’une plaque sur laquelle les chiffres étaient signifiés par des aiguilles. Il restait alors à appliquer violemment cette plaque sur le thorax du détenu, et à projeter ensuite le colorant sur la peau tailladée par les aiguilles. Les prisonniers de guerre russes et polonais furent les premières victimes de cette technique qui par la suite fut modifiée. Après le printemps 1942, les chiffres furent tatoués séparément et manuellement par une série de piqûres à l’aiguille sur l’avant bras gauche. A cette époque, seule la population juive présente dans le complexe d’Auschwitz était concernée. Ce fut finalement début 1943 que l’ensemble des détenus eut à subir ce tatouage contraint, par la même technique, mais à l’exception des Allemands.

 Tatouage costa rica HP 1200

Paradoxalement, le fait d’être tatoué à Auschwitz équivalait à un passeport pour la vie, aussi incertaine fut-elle. Car pour les autres, le destin le plus immédiat qui soit les guiderait vers la chambre à gaz, aussitôt la première sélection effectuée. Ce tatouage n’en restait pas moins un signe d’appartenance à une catégorie d’individus que les Nazis s’acharnaient à ne plus voir comme des être humains. Pour les déportés, le danger était là, non seulement dans la négation de leur humanité par des geôliers qui les désignaient comme des « sous-hommes », mais également dans le risque avéré de se persuader eux même de n’être que des objets sans conscience. La bataille pour la survie se jouerait donc en premier lieu sur la capacité de chacun à résister psychologiquement.

Il est intéressant de constater que peu nombreux furent les rescapés décidés à se faire retirer ces tatouages. Ces chiffres incrustés dans leurs chairs meurtries, tels une mémoire "encrée" dans leur peau, leur conféraient un statut particulier vis-à-vis de ceux qui furent assassinés dans les camps, en devenant les meilleurs instruments de lutte contre l’oubli et le négationnisme.

Par Michel C. - Publié dans : Philatélie et mémoire - Communauté : Passeurs de mémoire
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Dimanche 10 octobre 2010 7 10 /10 /Oct /2010 13:34

Paul Schneider est né à Pferdsfeld (Allemagne) le 29 aout 1897 et meurt dans le camp de Buchenwald le 18 juillet 1939.

Paul Schneider HP 1200Lorsqu’en septembre 1933 se déroule en Allemagne le « synode brun », le spectacle est édifiant. La plupart des ecclésiastiques présents arborent sans état d’âme les insignes distinctifs nazis, signant au minimum leur soumission, au pire leur adhésion aux thèses du parti national socialiste. Mais si Hitler rallie sous l’étendard du « Christianisme positif » une église protestante allemande traditionnellement obéissante et désireuse à l’époque de coller au destin national, il ne peut ignorer les critiques et les réprobations qui d’emblée s’expriment au grand jour. D’ailleurs lorsque deux mois plus tard, en novembre, lors d’une manifestation des chrétiens allemands, le projet de revisiter les textes bibliques pour les placer délibérément au service de l’idéologie du Führer surgit dans la bouche d’orateurs serviles, il devient définitivement  impossible de se taire pour tous ceux qui au contraire défendent dans la tourmente la foi et les valeurs chrétiennes. 1934 et 1935 voient les arrestations et les persécutions se succéder dans le but avoué d’écraser sous la botte ce vent menaçant. En 1936, la fronde persiste comme par exemple l’Eglise Confessante  qui par écrit va jusqu’à condamner les pratiques de la Gestapo et l’ouverture des camps de concentration, stigmatisant l’idéologie antisémite et totalitaire des nazis. Les responsables de cette église subissent alors de plein fouet la répression qui s’organise. Parmi ceux-ci, le pasteur Martin Niemöller qui est arrêté et interné au camp de Sachsenhausen en 1937, puis transféré au camp de Dachau en 1941.

Martin niemoller HP 1200

C’est dés septembre 1933 que Paul Schneider s’affiche ouvertement antinazi. Résolument engagé dans l’aide aux plus défavorisés, il organise avec son épouse, un réseau d’entraide au bénéfice des femmes, des chômeurs et des sans domicile.  A l’instant même de l’arrivée au pouvoir de Hitler, il comprend qu’un rude combat s’engage. Membre comme le pasteur Niemöller de l’Eglise Confessante allemande, il est arrêté une première fois à l’occasion des funérailles d’un jeune nazi au cours desquelles il déclenche un scandale. Mais il refuse de renier ses convictions, et s’oppose pied à pied aux positions des ecclésiastiques inféodés. En 1937, la Gestapo est chargée de le réduire au silence. Enfermé, harcelé et torturé pendant deux mois dans la prison de Coblence, il est ensuite interné sous le matricule 2491 dans le camp de concentration de Buchenwald qu’il ne quittera plus.

Enveloppe premier jour Paul SchneiderHP 1200 cadre adouci

Buchenwald DSC03185Paul Schneider n’obtempère nullement. Il est prêt pour son épreuve. En 1938, à l’occasion de l’anniversaire d’Hitler, il refuse de s’incliner et d’ôter son calot devant la bannière nazie. On l’expédie au cachot (voir photo de sa cellule ci-contre). Même isolé, et maintenu dans l’obscurité la plus complète, celui que l’on surnomme le « prédicateur de Buchenwald » crie,  hurle même pour que tous ses camarades, quelles que soient leurs convictions religieuses, entendent ses prêches, pour leur apporter réconfort et soutien par la parole de Dieu. Définitivement insoumis à l’intolérance et à l’injustice, sa victoire symbolique est totale sur ses geôliers. Ils l’assassineront le 18 juillet 1939 par une injection mortelle, la seule façon d’obtenir son silence.

Par Michel C. - Publié dans : Philatélie et mémoire - Communauté : Passeurs de mémoire
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