L’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler en 1933 lui donne la possibilité d’appliquer dans son intégralité les thèses fondatrices de son programme politique. Les dispositions sont donc prises pour la mise en œuvre immédiate de l’idéologie national socialiste adossée à trois points : tout d’abord la notion de peuple élu dans les veines duquel coule le sang aryen, ensuite la nécessité d’offrir au peuple allemand les territoires indispensables à son développement, enfin l’impériosité de liquider les races jugées inférieures, en premier lieu la « race juive ». D’emblée, la persécution démarre. La discrimination institutionnelle se conjuguant avec la privation des droits individuels élémentaires, l’exclusion des juifs de la communauté allemande se finalise, et étendue aux territoires militairement vaincus, elle laisse poindre en filigrane l’idée de leur extermination physique et définitive.
C’est en mars 1941 que le premier pas est franchi, lorsqu’Hitler lance sur les populations juives des territoires envahis à l’Est les Einsatzgruppen, ces unités spéciales SS chargées de supprimer « les individus possiblement dangereux ». Jusqu’en juillet, seuls les hommes sont victimes de ces assassinats de masse, accusés d’être communistes ou désignés comme juifs, y compris par certaines communautés civiles promptes à adhérer à la politique du bouc émissaire de leur vainqueur. Mais à partir de cette période, sur l’injonction d’Himmler, les femmes et les enfants sont soumis aux mêmes tueries. Restait à régler le cas des Juifs présents dans les autres territoires du Reich. C’est au cours du second semestre 1941 que la décision est prise de construire de véritables centres de mise à mort en Pologne. Les tragiques noms de Belzec, Chelmno, Sobibor et Treblinka font ainsi leur entrée dans l’histoire des hommes.
Chelmno sur Ner, devenu Kulmhof pendant l’occupation allemande, est un village de l’ouest de la Pologne. Le camp qui y est installé est
alors le premier où les nazis tuent par gazage. Les opérations d’extermination massive des populations juives débutent dans le camp le 8 décembre 1941, alors que son commandant est un certain
Herbert Lange, connu pour les exactions ignobles du programme d’euthanasie « T4 » contre les personnes handicapées. Le camp est en fait
installé dans un château du village, transformé en étape intermédiaire entre le transport par train et l’exécution au gaz. Après y avoir été dépouillées de toutes leurs affaires personnelles, et
après s’être déshabillées, les victimes prennent le chemin de fausses douches pour se retrouver entassées dans la partie arrière d’un camion aménagé en chambre à gaz roulante. Après quelques
kilomètres de route, les gaz d’échappement du véhicule provoquent l’asphyxie. Il ne reste plus au chauffeur qu’à rejoindre la forêt de Rzuchow où les 50 à 70 cadavres sont enfouis dans des fosses communes. Les juifs assassinés à Chelmno viennent de la région polonaise du Warthegau, d’Allemagne, d’Autriche, et de
Tchécoslovaquie. En 1942, Yaakov Grojanowski réussit à s’évader et rapporte par son témoignage aux responsables juifs du ghetto de Varsovie le récit de ces terribles évènements. Ces informations
parviendront dés juin 1942 aux autorités de Londres. Entre septembre 1944 et janvier 1945, la mission de faire disparaître toute trace du camp fut confiée à un kommando spécial, missionné pour déterrer les corps des victimes et les
brûler.
Dans le village de Belzec, au sud-est de la Pologne, s’installe en 1940 le centre de commandement d’un ensemble de camps de travail dont les prisonniers, essentiellement juifs, édifient des défenses antichars. Au bout d’une année environ, les travaux s’achèvent et le réseau est démantelé. Mais la présence conjointe d’une très forte population juive à proximité de structures ferroviaires performantes laisse augurer aux autorités SS quelques facilités à l’application sur le terrain du concept de centre de mise à mort. Le 1er novembre 1941, la construction du camp d’extermination de Belzec est lancée, pour voir arriver le 17 mars 1942 les premiers transports en provenance des ghettos de Lvov et de Lublin. A la tête du camp est nommé le commissaire de police Christian Wirth qui perfectionne les installations à partir de sa propre expérience dans les programmes d’euthanasie. Les trois premières chambres à gaz opérant entre mars et mai sont plutôt rudimentaires. Leurs murs sont constitués par une double épaisseur de bois enserrant une quantité conséquente de sable. A partir du mois de juin 1942, par soucis de performance, 6 nouvelles chambres à gaz sont érigées, cette fois en pierre et en béton. A Belzec, aucune sélection n’est effectuée. Il n’y a pas d’autre issue que la mort, provoquée par inhalation des gaz d’échappement d’un moteur de 250 cv tournant à l’extérieur des chambres à gaz. Les déportations vers Belzec s’arrêteront en décembre 1942. Durant le premier trimestre 1943, les corps des victimes furent exhumés et jetés dans des buchers à ciel ouvert, dans l’objectif secondaire de dissimuler les exactions. Les infrastructures furent détruites, les cendres à nouveau ensevelies dans un mélange de sable et de terre. Le camp disparaîtra et sur son emplacement, une ferme sera construite.
Le camp de Sobibor identifié sous le nom officiel
SS–Sonderkommando Sobibor est le second
camp après Belzec, et avant Treblinka, à être construit dans le cadre du processus d’extermination des juifs dépendant du Gouvernement général de
Pologne, connu sous le nom d’Action Reinhardt. Si une grande majorité des victimes juives est originaire de l’Est de la Pologne, en particulier du secteur de Lublin, il est important de
constater que nombreuses sont celles provenant des territoires occupés dont la France, la Belgique et les Pays Bas. Démarrées en mai 1942, les exécutions par gazage s’achèvent avec le soulèvement
de la résistance intérieure du camp le 14 octobre 1943. En effet, Himmler ayant décidé la transformation de Sobibor en camp de concentration avec la création d’un kommando de transformation des
munitions ennemies, nombreux furent les déportés à craindre d’être considérés que des témoins gênants. Organisée autour de Léon Feldhendler et Alexander Pechersky, la résistance prépara un
soulèvement finalement meurtrier. Beaucoup périrent dans les champs de mines qui sur une quinzaine de mètres de largeur entouraient le camp, et beaucoup d’autres furent repris et assassinés en
représailles par les SS dans les semaines suivantes. Cet épisode solda le cas de Sobibor.
Situé dans le district de Varsovie, le centre
d’extermination de Treblinka est installé à un kilomètre et demi environ du camp de travail initial portant le même nom. Si ce dernier ouvre
en novembre 1941, le camp de la mort rentre en fonction le 23 juillet 1942. A sa tête, un autre grand spécialiste des euthanasies, le Dr Irmfried Eberl. Dans la zone d’extermination, sont
implantées initialement 3 chambres à gaz alimentées par un moteur diesel. Mais face à l’ampleur des objectifs, un véritable complexe sort de terre en cinq semaines comportant 10 nouvelles
chambres à gaz susceptibles d’exterminer 4 000 personnes par jour en fonctionnant ensemble à plein régime. Comme dans les trois autres camps, il est impératif de masquer les exactions
perpétrées dans son périmètre. Ainsi de nombreux branchages imbriqués dans les barbelés obstruent la vue. A l’intérieur, il faut également éviter toute panique, et pour cela, la tromperie est la
règle. Comme lorsque les bourreaux désignent les douches à leurs victimes alors qu’ils les envoient à la mort par gazage. C’est à partir de mars 1943
que va être lancée l’idée du démantèlement progressif du camp. Précédant la révolte du camp de Sobibor, des déportés conscients du risque de leur
élimination générale se décident à agir. Le soulèvement d’environ 700 déportés a lieu le 2 août 1943. Une soixantaine d’entre eux seulement
parviendront à s’échapper. Cet épisode précipitera les procédures d’effacement des crimes. Les deux derniers transports arriveront à Treblinka les 18 et 19 aout 1943. Les forces soviétiques ne découvriront le site qu’en juillet 1944. Ici aussi, une ferme sera installée pour détourner l’attention des libérateurs.
Même si le décompte final des victimes englouties dans ces quatre centres d’extermination reste au stade de l’estimation, les historiens et les chercheurs au fil de leurs enquêtes situent le nombre de disparus à des niveaux terrifiants. Les chiffres sont les suivants. Le nombre de victimes pour le camp de Belzec est évalué entre 500 000 et 600 000, dont 400 000 juifs au moins. Pour le camp de Chelmno, le nombre s’élèverait à 300 000, pour Sobibor à 250 000, la plupart juives, et pour Treblinka, le nombre total dépasserait les 900 000 victimes. En revanche, il n’existe pas de données numériques fiables concernant la population tzigane déportée dans ces centres. Pour Chelmno seulement, il est possible d’avancer le chiffre minimum de 5 000 Sintis et Roma assassinés dans les chambres à gaz.
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C’est également dans les années 1950 que la
Commission nationale des Déportés, Internés et Résistants engage officiellement les premières réflexions sur un projet de mémorial sur le site du seul camp de concentration établi en territoire
français, le KL – Natzweiler construit au lieu dit « Struthof ».


Auschwitz
réservait aux déportés une étape supplémentaire dans le processus de déshumanisation: le tatouage du matricule dans la chair même du déporté. Dans un soucis chronique de « discipline
administrative », le commandement du camp pour faciliter le décompte des décès toujours plus nombreux avait institué l’obligation d’écrire le matricule directement sur le cadavre des
déportés. Mais à compter de la fin de l’année 1941, une pratique bien plus agressive fut mise en place, sur les vivants. Le matricule se présentait sous forme d’une plaque sur laquelle les
chiffres étaient signifiés par des aiguilles. Il restait alors à appliquer violemment cette plaque sur le thorax du détenu, et à projeter ensuite le colorant sur la peau tailladée par les
aiguilles. Les prisonniers de guerre russes et polonais furent les premières victimes de cette technique qui par la suite fut modifiée. Après le printemps 1942, les chiffres furent tatoués
séparément et manuellement par une série de piqûres à l’aiguille sur l’avant bras gauche. A cette époque, seule la population juive présente dans le complexe d’Auschwitz était concernée. Ce fut
finalement début 1943 que l’ensemble des détenus eut à subir ce tatouage contraint, par la même technique, mais à l’exception des Allemands.
Lorsqu’en septembre 1933 se déroule en Allemagne le
« synode brun », le spectacle est édifiant. La plupart des ecclésiastiques présents arborent sans état d’âme les insignes distinctifs nazis, signant au minimum leur soumission, au pire
leur adhésion aux thèses du parti national socialiste. Mais si Hitler rallie sous l’étendard du « Christianisme positif » une église protestante allemande traditionnellement obéissante
et désireuse à l’époque de coller au destin national, il ne peut ignorer les critiques et les réprobations qui d’emblée s’expriment au grand jour. D’ailleurs lorsque deux mois plus tard, en
novembre, lors d’une manifestation des chrétiens allemands, le projet de revisiter les textes bibliques pour les placer délibérément au service de l’idéologie du Führer surgit dans la bouche
d’orateurs serviles, il devient définitivement