Présentation

Qui suis-je ?

Michel-Claverie-2.jpgJe suis né le 27 décembre 1961 à ORTHEZ, dans les Pyrénées Atlantiques (64). Aprés le baccalauréat, j’effectue mon cursus universitaire médical à Bordeaux, dans le cadre du Service de Santé des Armées (ancien élève de l’Ecole “Santé Navale”). Je soutiens ma thèse de Médecine Générale en 1988 à l’université de Bordeaux II. En 2001, je quitte la filiaire militaire pour me spécialiser en Santé au Travail (Nancy) avant de m’installer en Charente Maritime, département dans lequel  j’exerce actuellement.


Je suis membre de l’Amicale du camp de Sachsenhausen, de l'UNADIF, et de la LICRA section Dordogne-Périgueux. Fermement engagé sur la voie de l’écriture, le “passage de mémoire” est ma motivation principale.

 

Ma conception de l'engagement mémoriel repose en particulier sur l'indépendance, et sur la fidélité aux valeurs universelles exprimées par les déportés sur les places d'appel des camps tout juste libérés. Je ne me considère nullement comme un historien de la Déportation.

Par ailleurs je précise que les textes et opinions publiés sur ce blog n'engagent en aucun cas les associations dont je suis adhérent. 

 

Mon adresse email sur ce blog:   neffacepasleursvisages@orange.fr  

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Vingt et un jours...   (à propos de mon livre "Terre ! N'efface pas leurs visages" parus chez Atlantica)

 

Le 21 avril 2001, mon père a quitté ce monde. Mais je ne cesse d’y voir sa silhouette déambuler, trébucher, reprendre sa marche vers un havre apaisé ou une paillasse fantôme, qui sait ? avec dans son sillage l’ombre répercutée à l’infini de ses semblables, brimés, détruits et pourtant encore en mouvement.

 

Ce ne fut pas sa mort qui finit par me convaincre de franchir le cap de l’écriture. Seulement sa vie. Une vie où le « je » égoïste avait laissé sa place au « nous » fraternel. Une vie de paroles pour ceux qui n’en avaient plus, une vie ou plusieurs, puisqu’il luttait pour tous. Chaque matin, il affrontait sans haine le désert au milieu de la multitude, et chaque matin, la cicatrice refusait de se refermer. Pourtant, il lui fallait faire avec. Avec ce regard chargé d’espoir qui obstinément fixait à l’horizon la ligne des marais que plus aucun de ses camarades ne franchiraient. Horizon que ses mains fines et assurées pouvaient tracer à l’infini, jusqu’à l’absence de conscience mais jamais jusqu’au vide de l’oubli. Comme il me l’expliqua, un soir de départ universitaire, au bout des rails qui semblaient se fondre sur la ligne du soir couchant, se mouvait pour lui un univers blessé, impalpable mais pesant. Fuyant sous nos pas si l’on s’avisait de lui courir après, ce point abstrait en bout de ligne était sa hantise. Un motif de cauchemar. Un précipice qui l’aspirait à chaque fois vers une mémoire mise à feu et à sang malgré le temps, malgré la distance. Ce jour-là je compris que jamais plus le train ne lui apparaîtrait comme un simple et utile moyen de transport. Chargés instantanément de lourds symboles, pour moi l’ouverture sur un monde nouveau, pour lui le rappel d’un passé douloureux, ces rails anodins et sans âmes signifiaient une menace permanente. La menace de voir se réactiver les « tumulus bruns » au cœur d’une Europe amnésique.


 
Au décès de mon père, je dus me résoudre à l’évidence. De fait, j’étais devenu le dépositaire d’un témoignage à la fois unique, celui d’un homme, et multiple, puisqu’il témoignait pour tous et chacun d’eux aurait pu le faire à sa place. Mais ce constat ne laissait guère de place à l’expectative. Derrière chaque matricule, je savais qu'il y avait un nom, et derrière chaque cri, un visage. Pour lutter contre le temps, l’ennemi le plus habile qui soit pour effacer l’ineffaçable, il faudrait que chacun connaisse ces noms, et croise ces visages.

 

Pendant ses vingt et un jours de « coma », sa main dans la mienne, mon père poursuivit sur son double chemin. Vers ses camarades, ses « jumeaux » comme ils se désignent, qui au fond d’une nuit de 60 ans d’âge partageaient encore et encore les mêmes peurs et les mêmes douleurs. Et également vers nous, qui devions maintenant faire face à l’épreuve de ces spectres ressuscités qui jamais ne l’avaient réellement quitté. Pendant vingt et un jours, il n’eut plus à me convaincre de quoi que ce soit. Il n’eut seulement qu’à mettre dans ma main les mots pour aller jusqu’à demain, sans lui, sans eux. Ce livre est son histoire. Ce livre est notre mémoire.

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